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Calcutta - ou le voyage dans Sudder Street" - Acte II -Agathe et Frédéric viennent d'arriver à Calcutta. Ils attrapent un rickshaw, direction Sudder Street. Heureusement, Frédéric qui est déjà venu l'année passée sait parfaitement où il faut se rendre. Il emmène Agathe dans un petit hôtel pas cher où il y a des chambres individuelles et lui se dirige vers celui qui propose des dortoirs. Sudder Street lui explique t-il, c'est la rue où se trouvent tous les hôtels des occidentaux qui viennent faire de l'humanitaire. Grande artère où dès leur arrivée, ils se font aborder par des mendiantes tenant des bébés dans leurs bras. Elles veulent de l'argent pour acheter du lait, des médicaments pour les petits. Frédéric lui raconte qu'en vérité les femmes se louent les bébés entre elles pour attendrir les touristes et que chaque soir, un mac passe pour faire la récolte de ce qu'elles ont réussi à obtenir durant la journée. Elles sont belles ces femmes avec leurs traits fins, leurs longs cheveux noirs malgré leur dentition affreusement abîmée et la saleté de leurs sahris. Elles n'accostent pas les gens avec agressivité, aigreur, tristesse. Au contraire, elles sont pleines de vie, de joie, d'humour. Et tous ces enfants ... tous plus craquants les uns que les autres. Les occidentaux sont appelés ici "auntie / uncle" par les petits et "sister / brother" par les femmes.
Il y a des restaurants partout et Frédéric indique à Agathe les meilleurs et les plus propres. Les voilà devant le petit magasin qui vend tout ce dont les occidentaux ont besoin : papier toilette, savon, shampooing, lessive, cigarettes ... et de délicieuses barres de chocolat qu'Agathe goûte pour la première fois. Pas d'entrée, on fait ses achats depuis le trottoir. Il lui montre où se trouve le marché où on peut acheter des légumes et des fruits frais. Ils passent devant une immense "benne à ordures". L'odeur est si forte qu'ils sont obligés de courir en apnée. Par endroits, Agathe remarque des hommes accroupis, ils sont en train de déféquer le plus tranquillement du monde ! Il y a aujourd'hui un dresseur de singes, planté au milieu de la rue et qui fait faire des tours à ces bestioles qui ne pullulent pas dans cette partie de l'Inde comme c'est le cas ailleurs. Tout comme à Paris, quelques personnes sont rassemblées devant le spectacle et d'autres continuent leur chemin en jetant un oeil et une pièce. Des hommes à la peau très foncée ramassent toutes les saletés jetées partout. Ce sont les recycleurs. Ils vont récupérer et revendre tout ce qui peut l'être. Bouteilles en plastiques ou autres. D'ailleurs, Frédéric conseille à Agathe d'acheter seulement de l'eau dans des bouteilles scellées. Il n'est pas rare que de l'eau pleine de bactéries soit vendue dans ces flacons recyclés. Il y a aussi quelques vendeurs de chaï entourés d'hommes qui sirotent tranquillement ce savoureux nectar et des vendeurs de glaces devant lesquels les enfants ont la langue pendante et demandent à Agathe de leur en offrir une.
Les castes : oui ici on les sent vraiment. Les intouchables comme ces recycleurs que tout le monde regarde avec un profond dégoût, ce coordonnier installé dans un coin de la rue et dont une enfant vient de lui jeter de façon méprisante sa chaussure à réparer. Ici, les occidentaux sont aussi considérés parfois comme des intouchables, parce qu'ils s'essuient les fesses avec la main qu'ils utilisent pour manger. D'ailleurs, Agathe en fait l'expérience dans cette pâtisserie où elle constate que le vendeur ne prend pas l'argent dans sa main alors qu'il l'a pris deux minutes avant à un client indien de caste supérieure sans doute.
Calcutta, Sudder Street, ce monde qui va être son monde pendant 3 mois. Qu'il est bon de naviguer avec cet ange gardien que la vie a mis sur son chemin à Pondichéry. Tout est si nouveau pour elle, si différent, si loin de ses repères. Le regard de Frédéric est si plein d'amour et d'amusement pour ces gens, ces lieux, qu'il réussit à lui donner confiance et à apaiser ses craintes. Oui décidemment, nous méritons tous nos rencontres !
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- Béatrice -
Acte IAgathe ne restera pas une minute de plus sur les escaliers
- ou le voyage au pays des trains indiens -
Les anciens Vfistes, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais ça fait déjà quelques mois qu'on a laissé Agathe, la soeur de Mado, croupir à Pondichéry sur des escaliers. Là elle commence à en avoir sérieusement marre. Deux mois de méditation forcée, c'est plus possible.
Après que soeur A. ait reçu Agathe aussi mal, celle-ci est désespérée. Comment ça ? son rêve de sauver le monde va t-il s'arrêter là ? Après avoir passé toute la journée assise sur des escaliers à ruminer sa colère contre cette bonne femme soit-disant pleine d'amour pour l'humanité, Agathe se fait accoster par un occidental :
-hy, what are you doing here ?
- Salut, pas la peine de continuer à parler anglais, je suis française comme toi. Heureusement qu'on a tous un accent à couper au couteau quand on parle une autre langue, comme ça on se reconnait !
Agathe lui raconte que soeur A. lui a claqué la porte au nez sous prétexte qu'elle ne voulait pas s'engager au moins pour 6 mois à la mission.
- Mais pourquoi tu ne vas pas à Calcutta chez Mère Thérésa, c'est beaucoup plus simple. Moi j'y pars demain, si tu veux tu me suis.
Après avoir partagé une chambre dans un hôtel miteux à 200 roupies, Agathe et Frédéric prennent le train, en 2e classe. Les travestis qui traversent les wagons les font bien marrer, ils sont tellement irrévérencieux, cela paraît tellement dingue d'en voir dans ce pays, déambuler et provoquer tout le monde avec une telle impudeur. Les vendeurs de chaï qui passent toutes les 10 minutes font de super affaires avec Agathe qui adore cette boisson et en boit au moins 20 verres par jour. A chaque fois elle garde d'ailleurs ces petites poteries qui sont utilisées commes verres jetables. Va bientôt falloir qu'elle avise parce que son sac à dos en est rempli à craquer. Par contre, il lui est toujours difficile de voir arriver les culs-de-jatte, les lépreux, qui à chaque arrêt se précipitent dans le train pour demander : "one roupie please, give me one roupie".
En face d'elle, se tient assise une femme qui ressemble étrangement à Elephant man. Cette dernière l'interpelle pour lui dire qu'elle n'a pas besoin de conserver ses déchets mais qu'elle n'a qu'à faire comme tout le monde, les jeter par la fenêtre. Mais Agathe, sans pouvoir la regarder, lui répond qu'elle ne peut pas faire une telle chose même si elle sait qu'en Inde il n'y a rien pour traiter les détritus. Agathe a honte de ce sentiment de malaise qu'elle ressent à chaque fois qu'elle croise un être dont le corps est déformé. Il y en a tellement dans ce pays, qui sont atteints de maladies qui font que leurs corps relèvent plus d'un film de science-fiction, des corps de mutants, que de la réalité.
Elle se lève et sort du compartiment pour allumer une cigarette. Un jeune indien qui voyage en première classe l'accoste et lui dit qu'il la trouve jolie. Au moins celui-ci est poli mais il devient insistant. Alors elle lui raconte qu'elle est l'épouse du consul de France à Calcutta et qu'elle est en route pour rejoindre son mari. Elle porte un jeans et un tee-shirt complètement crados pourtant le gars a l'air de la croire parce qu'il change de conversation et lui raconte que ses parents vont bientôt lui choisir une épouse. Pour lui c'est tout à fait normal, il ne s'imagine même pas qu'il pourrait le faire lui-même, cela lui paraît totalement surréaliste. A un arrêt, un tas de gamins se précipitent pour nettoyer les wagons avant que le train ne reparte. Il sont au moins 5 à 4 pattes dans son compartiment. Vite, avec des chiffons complètement noirs de crasse, ils époussètent puis passent en courant pour demander de l'argent et sautent du train déjà en marche.
A chaque fois, où qu'elle soit et quoi qu'elle fasse, tous les regards se tournent vers elle. Mais c'est la même chose pour Frédéric, ce n'est pas parce qu'elle est une femme, c'est seulement parce qu'elle est occidentale. Elle a l'impression d'être un singe, une bête curieuse. En général ces regards l'amusent mais parfois, lorsqu'elle est fatiguée ou mal dans sa tête, cela devient insupportable. Il fait affreusement chaud dans ce train, la moiteur de l'air la pénètre jusque dans ses os, elle voudrait prendre une douche bien froide et se retrouver un peu seule. Tellement de monde en Inde, partout. Dans le train c'est un bruit infernal à chaque instant entre les vendeurs de chaï ou de nourriture qui avec une voix extrêmement aigue s'annoncent aux voyageurs, tous ceux qui font la manche et le bruit du train lui-même.
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Bisou du bon après-midi
- Béatrice -
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