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日志


XII. Voyage au pays de l'enfance

 
 
Après avoir déambulé dans les rues de Narbonne toute la journée, François et Mélissandre sont rentrés à l'appartement se reposer dans la chambre qui a vu défiler la vie de Mélissandre et de sa soeur, son ainée de 3 ans. L'armoire, le lit 2 places, sont en simili-chêne, modèle Conforama des années 80. Un bureau qui n'a rien à voir avec l'ensemble est chargé de vieux 33 tours et d'un pick-up, le papier peint sur lequel est dessiné de grandes fleurs jaunes, n'a pas dû être refait depuis au moins 20 ans. François a choisi un disque de Genesis et branché le pick-up.
 
- tu vois ce bureau ? lorsque j'avais 14 ans, mon père, dans l'espoir que cela me permettrait d'être meilleure à l'école, me l'avait rapporté d'une vente aux enchères. Celui qui a dû s'en séparer l'avait surement fabriqué lui-même. J'aime ce bureau mais au moment où mon père l'a ramené, je l'ai détesté. Je ne m'en suis jamais servie pour étudier mais avec du recul, je me rends compte que c'était la première fois que mes parents me donnaient quelque chose qui n'allait être qu'à moi. Ce n'était pas un objet qui allait servir au reste de la communauté mais juste à moi et à moi seule. C'est un cadeau grandiose qu'ils m'ont fait en définitive, parce que dans une famille nombreuse, pauvre de surcroît à l'époque, rien ne t'appartient. Si tu as la malchance d'être née après quelqu'un d'autre, tu te récoltes même les vêtements des aînés, et quand tu deviens adolescent, c'est vraiment dur à supporter. C'est difficile dans ces conditions de trouver sa place, de se dire que tu as de la valeur. Et j'essaie d'imaginer ce qui était dans la tête de mes parents à l'époque : "voyons voyons, notre petite fille est une cancre, nous ne sommes pas capables de la soutenir dans ses études, nous ne pouvons pas lui payer des cours du soir, qu'est-ce qui pourrait arranger les choses sachant qu'on a peu de moyens" ? Je les imagine chercher des solutions et un jour, tomber sur cette vente aux enchères, voir qu'il y a un bureau vraiment bon marché à vendre, se dire que tout écolier doit en avoir un et décider que mon père se rendrait là-bas, lui qui n'a jamais aimé se retrouver dans la foule et se sent toujours si maladroit au contact des autres. Et pendant quelques heures, quelques jours peut-être, j'ai été le centre de leur monde. Ce bureau, je le prends maintenant, presque 30 ans après, un peu comme une déclaration d'amour de parents pour leur fille. Ca n'a rien changé, je ne suis pas devenue meilleure grâce à cet objet auquel ils ont accordé des pouvoirs magiques mais ça ne fait rien. Tu vois, les gens s'attachent toujours aux mots et si tu ne les prononce pas, l'autre a l'impression que tu ne l'aimes pas. Un peu ce que dit Goldman dans une de ses chansons finalement. Alors que les gestes, les actes posés sont une déclaration bien plus concrète, bien plus vraie. Et à l'époque, parce que j'étais trop jeune et parce que cet acte était mélangé à tant d'autres choses, je n'ai pas vu ça et j'ai pris ce bureau pour un cadeau empoisonné.
 
François se tient debout contre la fenêtre ouverte. Mélissandre est assise sur le lit, adossée contre le mur. Le soleil est bas à présent mais pénètre encore dans la chambre. La musique et les paroles de Genesis se diffusent dans la pièce... "in your arms, I feel so safe and so secure. Every day is such a perfect day we spend" ... exactement ce que François ressent. Oui, chaque jour passé avec Mélissandre est tellement juste, si parfait. Pendant qu'elle parle, il s'approche d'elle, s'allonge sur le lit et pose la tête sur ses jambes. Il écoute avec tendresse l'histoire de celle qui berce sa vie au rythme de l'amour.
Mais ils sont interrompus tout à coup par une voix venant de la salle à manger :
- A table tout le monde, c'est prêt
 
- Béatrice - 
 

XI. Partir ...

 
François et Mélissandre ont passé quelques jours à Paris. L'ambassade du Canada a confirmé que les allers-retours sont possibles tous les 6 mois en attendant de trouver une vraie solution. Heureusement ils sont tombés sur un employé sympa qui leur a donné quelques filons : "mais cela reste entre nous n'est-ce-pas ?" Ils ont tous les deux acquiescé avec le sourire. Il a été recommandé à Mélissandre de garder tous ses billets d'avion et toutes les preuves possibles et imaginables pour ensuite envisager une demande de citoyenneté.
Les voilà dans le sud de la France à Narbonne chez les parents de Mélissandre. Son père était fossoyeur et sa mère aide-soignante. Ils sont maintenant retraités. Ils habitent un charmant appartement au bord du canal de la Robine qui permet de faire la connection entre l'Aude et la méditerrannée.
 
300px-Canal_de_la_Robine_-_Narbonne
 
François est heureux d'être dans cette ville. Au Canada, la seule province qui ait réellement une histoire qui remonte à loin est le Québec. Le Yukon est véritablement né au 19e siècle avec la ruée vers l'or. L'architecture n'a donc pas grand intérêt c'est pourquoi il prend énormément de plaisir à parcourir ces rues de Narbonne, à toucher ces vieilles pierres qui ont toutes une histoire à raconter. Il imagine les chevaliers déambuler, les chevaux faisant claquer leurs sabots sur les pavés, le petit peuple apeuré se retirant pour laisser passer ces serviteurs du royaume et cela l'amuse. Il se rend compte qu'il lui est difficile de penser que ces images vues tant de fois dans des films aient pu réellement exister, dans des lieux précis. Chaque centimètre carré de la vieille ville recèle une mémoire extraordinaire. Il apprécie moyennement l'accent des gens du sud, trop dur à l'oreille pour lui le nordiste. Il a parfois beaucoup de mal à comprendre ce qu'ils disent. Et il trouve que les gens parlent trop fort, c'est quelque chose qui le dépasse. Mais Mélissandre qui est partie depuis bien longtemps de sa région a corrigé ce défaut et a conservé un accent perceptible seulement lorsqu'elle prononce certains mots.
 
- Mélissandre tu ne regrettes pas d'être partie d'ici ?
- Regretter non. La seule chose qui ait pu me manquer véritablement depuis toutes ces années c'est cette chaleur particulière qu'on ne retrouve pas plus haut en France et encore moins au Yukon !!! Je crois que j'ai eu besoin de m'éloigner ... de ma famille, de mon histoire, pour créer ma propre histoire. J'ai parfois le sentiment d'avoir fui, oui je sais qu'il y a eu de la fuite dans mon envie de partir loin de tout ça, mais en même temps il y a eu aussi le besoin d'ouvrir mon propre espace. Il y a un temps pour tout sans doute : l'éloignement pour se construire, l'éloignement pour échapper à quelque chose de trop douloureux et qu'on est pas capable de regarder à un moment, puis peut-être un jour le rapprochement qui permet de ré-intégrer en douceur tout ce qui nous a poussé au départ.
- Oui ce que tu dis me parle. Lorsque je suis retourné au Yukon après avoir bourlingué pas mal dans le reste du Canada, j'ai eu le sentiment de rentrer pacifié. Tout ce que j'avais laissé là-bas m'attendait, intact, et cela m'a effrayé au début. Simplement mon regard s'était modifié, ma manière d'appréhender toutes ces choses avait changé, j'avais pris le recul nécessaire qui m'a permis de surmonter certains points laissés en suspend. Cela s'est fait quand même avec des tensions mais qui très vite se sont dissipées. Plus d'intelligence, plus d'ouverture de coeur ont permis de laver des blessures. Finalement partir n'est jamais une seule chose ou une autre mais une composition que la vie réserve à chacun de nous en fonction de notre propre cheminement. Que ceux qui ne sont jamais partis et qui aiment se faire accroire que les voyageurs sont des fuyards se le tiennent pour dit !
- Crois-tu que c'est le fait d'être parti qui a permis tout ça ou simplement le fait d'avancer en âge ?
- Je n'en sais rien. J'imagine que c'est différent pour chacun. Pour moi c'est sûr, si je suis parti c'est que j'avais quelque chose à faire qui devait se passer là où j'allais et pas ailleurs. Je n'aurais pas pu rencontrer certaines personnes, faire certains choix si j'étais resté. J'en aurais sans doute fait d'autres, certes, mais alors cela n'aurait pas été ma vie, cela n'aurait pas été moi, eh eh eh !!!
- Oui moi aussi je pense que la vie est profondément juste et qu'elle nous guide dans ce qu'il y a de mieux pour, nous même si parfois, on a l'impression que c'est le contraire. Je crois finalement qu'elle n'est jamais dure avec personne, ce sont nos attentes, nos peurs, nos caprices, notre incapacité à raisonner en créateurs qui sont les freins et non pas la vie elle-même. Je suis si heureuse de t'avoir rencontré François, mais enfin ... t'aurais pas pu choisir de naître dans un endroit où ça caille un peu moins ???!!!
 
- Béatrice -
 
 

X. Le voyage au pays de la tendresse

 
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Ils sont descendus dans un hôtel près de l'Opéra. C'est l'après-midi mais avec le décalage horaire ils se sentent épuisés. Il fait chaud ici comparé au Yukon. François entrouvre la fenêtre avant de se laisser tomber nu sur ce lit anonyme où tant d'autres couples avant eux ont dû s'aimer. Mélissandre a enlevé les couvertures. Il se tient près d'elle, à genoux, et regarde ce corps qu'il chérit tellement.
- Mélissandre ...
- Quoi ?
- Tu es si jolie
- pfff arrête de te moquer je ...
- Stop. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas tout simplement prendre le compliment ? Et puis ce n'en est même pas un. Lorsque je te regarde je suis toujours ébloui par toi. Oui peut-être y'a t'il ceci ou bien cela mais qu'importe, je t'aime comme tu es c'est tout. Dès que je pose les yeux sur toi il y a plein d'amour qui m'envahit. Je sens comme une grande vague en moi qui déferle et j'ai tout de suite envie de te prendre dans mes bras et de te serrer. Je me fiche bien qu'il y en ai qui ont de plus longues jambes, de plus petits seins, de plus grosses fesses ou que sais-je encore. C'est toi qui me trouble, c'est toi qui me donne envie de chanter lorsque j'ouvre les yeux le matin sur ton visage, ce sont tes mimiques qui me font marrer, c'est ton joli petit ventre qui me fait chavirer. D'ailleurs à ce propos ...
Il se glisse entre ses jambes et pose sa tête tout contre ce ventre pour en respirer l'odeur.
- tu sens tellement bon, c'est si doux cette partie de ton corps . C'est bizarre, à chaque fois je voudrais pouvoir être dedans.
Il redresse un peu sa tête et la regarde. Elle a les yeux fermés. Elle ressent tous ces mots qui sont comme des caresses. Elle se laisse aller à cette tendresse, à cet homme si vibrant pour elle. Doucement il se glisse en elle et ensemble, dans cette étreinte, ils écoutent leurs corps se murmurer l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre
 
- Béatrice -.
 

IX. So long Canada .... et si tout avait une solution !

 
Il y a déjà quelques mois ...
 
Mélissandre doit reprendre l'avion demain, retour case départ : Paris ou peut-être le sud chez ses parents puisque de toute façon elle n'a plus aucun endroit où aller. Elle a envie de hurler. Toute cette dernière journée elle la passe en larmes blottie contre l'homme avec qui elle voudrait passer le reste de sa vie. Mais elle est assez étonnée du calme dont François fait preuve, alors un peu ironique, un peu inquiète des sentiments qu'il éprouve pour elle, elle lui dit :
- est-ce que cela te fait quelque chose cette nouvelle séparation ? tu as l'air de l'accepter tellement bien. Je veux bien que tu me donnes la recette parce que moi je n'y arrive pas.
- je suis tout simplement sûr qu'il ne s'agit que d'une affaire de quelques jours, voilà pourquoi je ne m'inquiète pas.
Mais Mélissandre a du mal à le croire. Elle voudrait le voir pleurer avec elle, elle voudrait qu'il la couvre de mots d'amour, elle voudrait qu'il lui dise qu'il est déchiré lui aussi et au lieu de ça, il se la joue à la Joe Bennet "tout va bien, keep cool bella". Grrr, elle se sent si en colère contre lui, pourtant il ne faudrait pas. Après tout c'est lui qui a raison, il faut qu'elle continue d'y croire. Ce n'est que provisoire, forcément il y a une solution.
Le lendemain matin, la mort dans l'âme, elle parcourt chaque pièce de la maison comme si c'était la dernière fois qu'elle les voyait. Ce lit ... ce lit qui tellement de fois a accueilli leurs amours, leurs folies, leur tendresse. Elle se précipite dessus pour sentir encore une fois cette odeur qui n'appartient qu'à eux deux. Cette cuisine ... elle le revoit lui faire le coup du hamburger et ça la fait pleurer alors qu'elle avait tant ri ce jour-là. Elle sort admirer ces magnifiques montagnes qui lui ont toujours redonné du baume au coeur lorsqu'elle se sentait parfois isolée, elle va dire adieu à Johnny le voisin le plus proche puis elle monte dans le truck de Joe Bennet qui va les conduire jusqu'à Whitehorse.
Encore seulement 150 kms pour pouvoir profiter de François et après ... après ... Elle est fatiguée de cette incertitude qui semble être une constante dans sa vie. A chaque fois qu'elle pense avoir trouvé ce dont elle a besoin, la vie s'acharne à lui enlever.
Arrivés à l'aéroport, Joe reste dehors prétextant qu'il n'aime pas être enfermé et François conduit Mélissandre jusqu'à l'enregistrement. Au moment de passer dans la salle d'embarquement, elle le regarde une dernière fois puis s'éloigne en précipitant son pas.
L'avion est prêt à décoller lorsque tout à coup apparaît tout essouflé, un grand gaillard qui vient prendre place à ses côtés.
- euh, pardon mademoiselle, me permettrez-vous de m'asseoir ? Je vois que vous occupez les deux places alors que j'imagine que comme tout le monde vous n'en avez payé qu'une ...
- Mais .... eeeeeh, tu m'as laissé pleurer toutes les larmes de mon corps, tu m'as laissé te détester parce que je croyais que tu t'en fichais qu'on soient séparés, tu m'as laissé jusqu'au dernier moment croire que tout était définitivement fini entre nous, espèce de .... Mais il se jette sur elle et lui donne le baiser le plus savoureux qu'elle ait reçu dans sa vie tellement elle est heureuse de le voir là.
- Bon, et c'est quoi ton programme alors ?
- huuuum, je pensais qu'on pourrait aller à Annecy dans un premier temps. Il y a un groupe d'écrivains en vogue qui s'y réunissent, j'aimerais bien les rencontrer puis tu pourrais me présenter tes parents et me faire visiter ton coin dans le sud. Ca te va ?
- Il faudra qu'on passe quelques jours à Paris pour aller à l'ambassade du Canada.
- Ah oui, de toute façon on tombe juste au moment du mariage de Mado et Gérard. Tu sais je t'avais parlé de Mado, je l'ai blessée un jour dans le métro avec mon skidoo et depuis nous sommes devenus amis. Il y aura surement Yann aussi.
- Et ensuite ?
- Tu sais je pense qu'il n'y a pas de restriction concernant les 6 mois sans visa. Tu devrais pouvoir faire des aller-retours jusqu'à ce qu'on trouve une solution définitive au cas où dans l'immédiat ta demande de citoyenneté ne serait pas acceptée.
- Ca veut dire quand même que je n'aurai pas le droit de travailler, à part de manière clandestine, ça veut dire aussi pas de couverture sociale, pas de droits .... mais j'imagine que là aussi tu as LA solution ???
- Ca t'intéresserait d'apprendre à mener des chiens de traîneaux ?
- Waouh, t'es sérieux là ? évidemment que ça me dirait, c'est un vieux rêve ça figure-toi
- C'est bien ce qu'il me semblait ... alors tu ne vas pas me jeter au nez ce joli anneau que je t'avais tressé il y a quelques temps ... ouuuuf ... euh et dès qu'on est rentrés, promis je te fais la danse de l'autruche !!!
 
- Béatrice -
 

VIII. Alliance au bord de la Yukon River

 
 
Il est 1 heure du matin. L'angoisse qui les a saisi tous les deux ce soir, encore plus forte que depuis quelques jours, les empêche de dormir. Ils sortent de la tente et s'installent près du feu qui se meurt. Mélissandre fait chauffer un peu d'eau sur les braises et prépare du thé. La forêt est calme, la nuit est douce. Seul, un orignal s'abreuve à la rivière quelques mètres plus loin. L'animal ne semble pas être effrayé par leur présence. Sans doute perçoit-il cet amour intense qui émane de cet étrange campement. Les moustiques leur laisse un peu de répit grâce à ce feu qu'il faudrait penser à raviver.
 
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François regarde cette femme qui se fond si bien avec cet univers. Comment pourrait-il accepter que tout ça s'arrête. Elle est ce qu'il n'osait plus espérer, lui, le webmaster-trappeur-chercheur d'or de plus de 40 ans et dont la plupart des femmes se lassaient assez vite en général de cette existence qu'il leur proposait. Ils se ressemblent tellement tous les deux.  Lors de conflits, ils ont toujours su se conduire en acteurs de leur vie et reconnaître leurs insuffisances, leurs manques, leurs attentes trop difficiles à gérer pour l'autre. Ils ont su depuis le début, chacun à leur tour, être l'amant, le confident, l'ami dont l'autre pouvait avoir besoin. Ils ont su aussi se respecter, garder leur espace dans lequel aucun n'a jamais essayé d'entrer si l'autre ne le souhaitait pas.
 
Il rapporte quelques branches pour que le feu reparte. Il la regarde. Elle est accroupie. Ses cheveux couleur d'écorce cachent son visage et lui obstruent la vue alors parfois elle essaie de les rejeter en arrière pour ne pas renverser le thé à côté. Elle porte ce pull bleu à col roulé qui lui va si bien. Il a envie une nouvelle fois d'enlacer ce corps dans ses bras alors il s'approche, il s'accroupit derrière elle et la maintient contre lui ainsi un moment. Il pose ses lèvres tout contre son cou et respire son odeur, cette odeur de femme dont il ne pourrait plus se passer.
 
Il se lève, ramasse quelques brindilles, les tresse en un anneau, se retourne vers elle, attend qu'elle se relève et lui dit :
 
"Mélissandre,
je te jure à chaque instant de respecter la femme que tu es
je te jure de t'aimer sans jamais essayer de t'enfermer ou de te changer
je te jure de respecter celle que tu choisiras de devenir avec ou sans moi
je te jure de t'aider si tu en exprimes le besoin
je te jure de ne jamais intervenir dans tes choix même si je suis en désaccord
je te jure de toujours respecter tes rêves et de t'accompagner seulement si tu me le demandes
je te jure de toujours te faire rire lorsque tu seras triste
je te jure de toujours essayer d'aller au delà de ma propre compréhension pour que notre route ne se sépare pas
je te jure de m'appliquer à toujours remettre en question mes propres valeurs afin que seulement ce qui est juste puisse se révéler 
je te jure que nous resterons ensemble parce que je crois profondément que la vie n'essaiera pas de nous séparer.
 
Il s'approche d'elle, prend sa main et glisse autour de son doigt cet anneau de brindille.
Mélissandre se met à pleurer. Doucement il pose ses lèvres sur ses yeux et il boit ces larmes, comme s'il voulait faire sienne cette émotion.
 
Le feu crépite, la forêt est calme, la nuit est douce. Seul, un orignal continue de s'abreuver à la rivière quelques mètres plus loin.
 
- Béatrice -
 
 

VII. Voyage imaginaire à travers le Canada - la Yukon River

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Ca fait déjà presque 6 mois que Mélissandre est au Yukon (bon on avait dit qu'on s'en fiche des écarts spatio-temporels). Dans un mois, il faut qu'elle reparte. La période de tourisme sans visa autorisée par le gouvernement touche à sa fin. Il faut qu'elle rentre et qu'elle fasse une demande en France pour pouvoir devenir citoyenne canadienne. Si cela ne fonctionne pas, François et elle n'ont aucune solution et elle est terrorisée à l'idée que leur amour doive s'arrêter bientôt à cause de ces saletés de problèmes d'immigration choisie. Elle a fait le test sur internet. A priori elle n'est pas admissible : 40 ans, aucun boulot qui corresponde à la liste fournie par le gouvernement, pas de milliers d'euros sur son compte en banque. Dans ce test noté, après avoir répondu à toutes les questions, elle a eu sa note : zéro

Ce qui la fascine le plus sur ce territoire, c'est la Yukon river, cette immense rivière de plus de 3000 kms de long qu'elle retrouve presqu'à chaque virage lorsqu'elle se déplace.

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Cette grande rivière chargée d'histoire est devenue comme son amie. Elle lui souffle parfois à l'oreille des secrets qui l'apaise. La dernière fois qu'elle l'a vu, lorsqu'ils sont retournés sur Whitehorse avec François, la Yukon river lui a dit qu'ici, elle trouverait de l'or, mais pas celui que tous ces orpailleurs étaient venus chercher deux siècles plus tôt, non, un or beaucoup plus précieux, son or à elle : Mélissandre, rien qu'à elle, enfoui au plus profond d'elle-même, dans son coeur et dont elle n'a pas assez puisé encore.

François décide de l'emmener naviguer sur cette amie. Il l'a fait souvent, seul, par le passé. Il choisit de leur faire remonter la Yukon river en partant de Whitehorse jusqu'à Dawson City, 700 kms en canoë, rien qu'eux deux dans cette immensité

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Mélissandre n'a jamais fait de canoë. Son homme est devant elle dans ce bateau et elle adore le regarder pagayer : ses cheveux bruns collés à sa nuque, ses épaules, son dos dont elle peut voir les muscles se dessiner sous l'effort ...il est si beau. Pour rien au monde elle ne voudrait le perdre.

Le soir, lorsqu'ils s'arrêtent pour bivouaquer, elle est totalement épuisée. Alors François monte la tente, prépare un feu puis un délicieux repas. La nuit ne tombe pas, on est en juillet, la période du midnight sun et des moustiques en folie. Puis après avoir nettoyé leurs gamelles dans la rivière, il masse le dos endolori de celle qu'il a choisi. Il est très tactile et il adore la toucher, elle a la peau si douce, il ne s'en repaît jamais. Ils vivent ce voyage ensemble comme s'il pouvait être le dernier. Ils ont des tas de projets et pourtant, qui sait ce qui pourra arriver si cette demande est refusée. Ils ont un besoin de tendresse l'un pour l'autre presque compulsif, comme s'ils voulaient se fondre l'un dans l'autre, se boire, s'avaler pour que rien ne puisse les séparer.

Ils sont déchirés de l'intérieur même si aucun n'ose l'avouer à l'autre et préfère jouer la carte de la réussite. Seuls les efforts infligés par le canoë et la rencontre avec la faune et la flore leur font oublier l'épée de Damoclès qui pèse si lourd au dessus de leur tête.

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- Béatrice -

 

 

VI. Voyage imaginaire à travers le Canada - Le voyage de Charlie -

 
 
François fait découvrir à Mélissandre ce pays dont il est originaire et qu'il aime tant,
le Canada
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Ils prennent des avions, ils parcourent des régions,
ils voyagent à la rencontre du peuple canadien dans toute sa diversité.
 
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Elle est tour à tour amusée, émerveillée, touchée, émue,
révoltée par ce qu'elle voit et ce qu'elle apprend.
François et elle font la connaissance de Charlie, au village d'Inukjuak,
sur les bords de la baie d'Hudson
et il leur raconte son histoire et celle de son peuple
 
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 (Québec)
 
"Chez les Inuit du grand nord Canadien, il n’y a plus de shamans. Les derniers sont décédés et leurs connaissances semblent oubliées.
Charlie, un jeune Inuk d’une trentaine d’années, est pourtant persuadé que le chamanisme peut aider son peuple à retrouver ses valeurs, sociales et spirituelles. Mais comment faire alors que tout a disparu ?
Charlie décide de partir en Amazonie, chez les indiens Shipibo du Pérou, où le chamanisme est très actif. Il entreprend un voyage de la banquise à la jungle afin d’être initié par Guillermo, l’un des plus importants shamans de la région. L’indien d’Amérique du Sud au secours de l’indien du Grand Nord de l’Amérique…"

 
                 
Le voyage de Charlie
 
- Béatrice -
 

V. Le réveil - ou le voyage au pays du lâcher-prise -

 
Bon, 3 heures d'attente entre chaque épisode, c'est bien assez pour cette net-novella ...
et tous les fans qui restent en apnée devant leur écran pour savoir ce qu'il va se passer,
ça me donne mauvaise conscience !!!
 
 
Lorsque le réveil avait sonné, Mélissandre s'était réveillée avec l'impression de ne pas avoir dormi de la nuit. Elle s'était levée, avait préparé du thé, avait allumé son ordi et était partie flâner sur différents blogs. Elle cherchait un message qui lui dise ce qu'il lui convenait de faire. C'était sa façon à elle parfois de se conforter dans une décision : ouvrir un bouquin au hasard, se faire un tirage de tarots, allumer la radio et écouter si quelque chose allait l'interpeller ... Et là, en se connectant au blog de Thy, elle
avait lu la traduction d'une chanson d'Eurythmics
 
"le miracle de l'amour
Emportera ta douleur
Quand le miracle de l'amour
croisera ton chemin de nouveau"
 
Tout avait été très clair tout à coup. Elle était folle de ce gars qu'elle connaissait à peine. L'amour était enfin de nouveau arrivé dans sa vie et elle avait failli lui fermer la porte au nez. Elle s'était dépêchée de prendre une douche, avait fourré toutes ses affaires en vrac dans son sac à dos puis un deuxième sac, elle avait griffonné un mot d'excuse pour le gars qui lui avait sous-loué son appartement, avait avalé son thé, fait la vaisselle, enfilé son manteau et s'était enfoncée dans la profondeur du petit matin. Il était 6h30, elle en aurait pour moins d'une heure à rejoindre l'aéroport. Tout en attendant le RER, la vilaine voix avait bien essayé de se faire entendre de nouveau mais Mélissandre avait hurlé STOOOOOOOOOOP. Des gens s'étaient retournés sur elle mais elle se sentait si légère enfin qu'elle n'en avait même pas été gênée. "Oui,stoooop, je vais profiter de ce miracle de l'amour, alors que personne n'ose se mettre sur mon chemin".
A présent, allongée sur ce canapé à quelques milliers de kms de la France, dans ce pays qui est celui de l'homme qu'elle aime, elle se rappelle ce mauvais souvenir d'il y a un mois. Un mois ? un mois seulement qu'elle vit au Yukon ? Il lui semble connaître François depuis toujours. Elle l'avait reconnu dès le premier jour il y a presque 2 ans, ce fameux jour où il lui avait donné un lift sur ce même territoire mais cela lui avait paru si incongru qu'elle n'avait pas voulu prêter attention à cette sensation.
Ils n'avaient pas beaucoup parlé durant ces 19 heures de trajet et ces 3 changements d'avion. Comme si les mots pouvaient détruire ce bonheur tout neuf, comme s'ils avaient peur de se rendre compte qu'ils s'étaient trompés, ils s'étaient ennivrés de baisers et de tendresse à tel point que les lèvres de Mélissandre en étaient enflées. C'était bien la première fois qu'elle embrassait au point d'en avoir la bouche meurtrie.
Lorsqu'ils étaient arrivés à l'aéroport de Whitehorse à minuit, ils avaient pris un taxi et étaient allés dormir dans un petit hôtel charmant. François lui avait dit qu'un de ses potes, Joe Bennet, passerait les prendre vers midi le lendemain pour les conduire à Haines Junction à 150 kms de là. Le matin, ils s'étaient éveillés, avaient levé les yeux l'un sur l'autre, un peu intimidés, un peu affolés en se rappelant tout à coup la folie qu'ils s'apprêtaient à commettre ensemble. Ils étaient encore si inconnus l'un pour l'autre, ils avaient tant de choses à découvrir. Mélissandre n'arrêtait pas de se répéter pour elle-même : "surtout vivre le moment présent, ne pas laisser les doutes m'assaillir, accueillir ce qui vient", parce qu'elle savait que si elle laissait son mental l'envahir, elle allait reprendre un avion dans l'autre sens. François de son côté était plus confiant. Lui n'avait rien laissé derrière lui, il rentrait simplement dans une vie qu'il savait parfaitement qu'elle était la sienne et voulait croire que la femme qu'il avait choisie s'adapterait à son monde.
 
- Béatrice -

 

 

 

 

 

 

 

IV. Mélissandre - ou le voyage au pays de l'indécision -

 
Mélissandre est allongée sur le canapé, les yeux fermés et elle se souvient.
Il s'étaient retrouvés le lendemain comme prévu. Lorsque François l'avait appelé, Mélissandre lui avait donné l'adresse d'un petit resto à Barbès où le couscous est excellent. Elle est rmiste alors Barbès, ça lui convient bien. Et puis de toute façon, dès son arrivée à Paris elle avait aimé ce quartier qui ressemble tellement aux couleurs et aux odeurs de son enfance. Elle voulait que François l'apprécie aussi, c'était important pour elle. Tout en sirotant un thé à la menthe il lui avait dit :
- je sais que cela va te paraître dingue mais je voudrais que tu viennes avec moi au Yukon. On a passé en tout et pour tout entre la France et le Canada seulement une quinzaine d'heures ensemble et pourtant je n'ai plus envie de te laisser. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, tout ce que je sais c'est que je veux vivre à partir de ce que je ressens comme étant juste pour moi et non plus à partir de considérations qui ne me ressemblent pas dans le fond. Est-ce que c'est quelque chose que tu peux comprendre ? Il me semble avoir lu dans tes yeux que nous sommes sur la même longueur d'ondes et tu m'as dit que tu aimes profondément ce territoire, alors je me dis que j'ai toutes les chances que tu acceptes non ?
Il était 13h30 lorsqu'il lui avait dit ça. Elle s'en souvient parce qu'un vendeur de fausses Rollex était entré dans le resto et leur avait mis sous les yeux toutes ses breloques. Il lui restait donc encore à peu près 17 heures pour décider si elle allait prendre ce vol avec lui le lendemain. Ils avaient marché jusqu'à Gare du Nord et en attendant le RER qui allait l'emmener jusqu'à Aubervilliers ,elle lui avait juste répondu :
- je ne sais pas encore si je serai là demain. J'ai besoin de réfléchir. Si je décide de venir, je t'attendrai à 8 heures au comptoir d'Air Canada à Charles de Gaulle.
Puis le RER était arrivé, il l'avait serré très fort dans ses bras, comme un naufragé. Elle s'était dégagée de son étreinte comme si elle avait peur de se laisser aller, et était montée dans le train.
Tout l'après-midi et toute la soirée elle était restée assise en se demandant quoi faire. Des voix qui ne s'accordaient pas entre elles se faisaient entendre à sa conscience et l'empêchaient de prendre une décision. Elle pesait le pour et le contre, le contre et le pour. De toute façon, à part son sac à dos et quelques vêtements, rien ne lui appartenait dans cet appartement qu'elle avait sous-loué. Elle n'avait de comptes à rendre à personne et c'est vrai qu'elle adore le Yukon et qu'elle avait projeté d'aller y vivre quelques temps un jour. En plus, elle pourrait rester 6 mois au Canada sans être ennuyée par des problèmes de visa et cela lui donnerait le temps de voir si François et ce pays étaient faits pour elle. Des images d'échanges, de tendresse, de rires complices, de lacs gelés, d'aurores boréales, de randonnées en chiens de traîneaux défilaient dans sa tête. Tout ce dont elle avait envie.
Oui mais en même temps elle sentait la peur l'envahir, cette saleté de peur qui essayait de la paralyser dès qu'elle avait une décision capitale à prendre. Elle entendait cette affreuse voix qui lui disait qu'elle ne pouvait pas faire confiance à cet homme, que si cela se passait mal cela serait plus difficle que ce qu'elle croyait de se ré-installer en France, qu'elle n'était plus une gamine et qu'elle ne devait pas écouter ses caprices. Des images d'ennui, de froid, d'agacement, de regrets, de malentendus défilaient sous ses yeux.
Elle avait l'impression d'être enfermée dans une boîte qu'elle n'arrivait pas à ouvrir, qui l'empêchait d'exister et de réaliser ce pour quoi elle se sentait faite, une boîte dans laquelle se tenait une entité qui lui aspirait toute son énergie et sa volonté et la tenait en son pouvoir comme une marionnette.
Elle voulait enfin pouvoir se jeter dans le vide et pourtant, alors que l'occasion lui en était donnée, elle restait au bord du précipice.
De guerre lasse avec elle-même, elle avait mis son réveil à sonner à 5 heures puis avait sombré dans un sommeil agité.
 
A suivre ...
- Béatrice -
 

III. Incident de parcours - ou le voyage au pays des coeurs en fusion -

 
 
François et Yann faisaient la route ensemble jusqu'à Paris lorsque c'est arrivé.
Une auto-stoppeuse, attendait au péage de l'autoroute. François s'est arrêté. Il prend toujours les gens en stop. Au Yukon, comme les bus se font rares, les gens sont très solidaires les uns des autres et s'arrêtent toujours lorsque quelqu'un est au bord de la route.
Elle s'appelle Mélissandre. 1,74m, cheveux châtains mi-longs, jeans et col roulé, elle a l'air d'avoir dans la quarantaine. François sort du 4x4 pour l'aider à monter son sac à dos qui doit peser au moins 20 kgs et ils reprennent la route tous les 3.
Avec son charmant accent anglais il lui dit :
- c'est bizarre, j'ai l'impression de vous avoir déjà rencontré ... pourtant c'est impossible, je ne connais personne en France.
- Peut-être était-ce dans un autre pays ? Je suis allée un peu partout en Europe, au Mexique, en Inde, au Canada. Vous avez un accent anglais, d'où venez-vous ?
- Du Canada, territoire du Yukon, Haines Junction à 150 kms de Whitehorse
- Non, pas possible ! alors peut-être que vous m'avez donné un lift là-bas. J'ai parcouru à peu près toutes les routes qui existent au Yukon tellement j'adore ce territoire et je suis allée randonner au Kluane Park, je campais à Haines. Mais ... attendez ... je me souviens maintenant. C'est vous qui vous êtes arrêté au croisement Tok/Dawson city n'est-ce pas ? vous reveniez de l'Alaska où vous aviez passé le week-end à pêcher et vous vous rendiez à Dawson pour le festival folk. C'est complètement dingue ça. Vous m'aviez caché que vous parliez français. Si vous saviez comme ça m'a pété la tête d'avoir à parler anglais durant tout le trajet et vous m'avez dit que vous m'aviez donné un lift pour avoir quelqu'un avec qui converser parce que vous étiez fatigué de conduire. Alors j'essayais de parler le plus possible. Vous vous souvenez lorsque nous nous sommes arrêtés pour passer la frontière sur la Top of the World ? Vous avez dit à la douanière que j'étais auto-stoppeuse et que vous m'aviez donné un lift. Je ne vous l'ai pas raconté mais elle m'a dit m'avoir fait descendre de votre voiture et conduite à l'intérieur du bureau pour me demander si j'étais en sécurité avec vous. J'avais trouvé que c'était vraiment malin de sa part. Parce que si elle m'avait posé cette question devant vous, je n'aurais jamais pu répondre si j'avais été réellement en insécurité.
 
François se souvient très bien maintenant. La fille l'avait un peu impressionné. Elle parcourait le Canada en stop, seule dans cette immensité et elle adorait ça. Il lui avait trouvé du charme. Il se rappelle qu'il avait pensé qu'il aimerait bien qu'une telle nana s'arrête sur son chemin. Elle semblait intelligente, drôle, pas prise de tête. Ils étaient restés 8 heures ensemble à se raconter leur vie. Et voilà qu'elle était là maintenant, dans son 4x4  et qu'ils allaient dans la même direction de nouveau. N'était-ce pas un signe de la vie ça ?
 
Yann, qui était reparti en pensée broyer du noir ne disait rien et écoutait à peine ce que ces deux là racontaient
 
Mais ils arrivaient sur le périph et elle avait demandé à ce qu'il l'arrête Porte d'Orléans près de la station de métro.
 
- Je reprends un avion pour le Canada après-demain, peut-être pourrions-nous passer la journée ensemble demain ? Je vous appelle si vous me donnez vos coordonnées ?
 
Mélissandre se souvient aussi qu'elle avait flashé sur ce grand gaillard durant le trajet au Canada et elle n'avait attendu qu'une seule chose, qu'il l'invite durant le week-end qu'il allait passer au festival mais il ne l'avait pas fait. Il l'avait gentiment déposé à l'auberge de jeunesse de Dawson City et lui avait dit adieu.
 
- Oui oui, attendez je vous le note.
- Bon, alors à demain
- Ok, je vous appelle dans la matinée
 
François et Mélissandre échangent un dernier regard. Mélissandre a l'impression que ce regard la transperce de part en part. Elle avait déjà ressenti cela lorsqu'il l'avait laissé à Dawson. François de son côté se dit que décidemment, cette fille a quelque chose qui lui donne envie de prolonger son voyage. Il voudrait lui dire, là, tout de suite maintenant : "viens avec moi, passe ces derniers instants avec moi jusqu'à ce que je repartes" Mais il se connaît, il s'emballe vite et a décidé il y a quelques temps d'écouter son intuition ce qui lui avait plutôt bien réussi avec Colombine. Alors même s'il en meurt d'envie, il ne dit rien. Mais est-ce de l'intuition ou de la peur ? La peur de ce qu'elle pourrait penser. Peut-être le trouverait-elle grossier ? Ou peut-être et surtout la peur qu'elle lui oppose un refus ? Mélissandre de son côté capte l'hésitation de François à la laisser partir. Dans sa tête elle n'arrête pas de répéter : "allez, dis-le que tu veux que je reste". Jusqu'à ce qu'elle pénètre dans la station, elle espère qu'il va courir pour la retenir. Elle n'a pas entendu le moteur du 4x4, c'est donc qu'il est encore là, qu'il la regarde sans doute marcher. Ahhh pourquoi est-ce toujours aussi compliqué de se dire les choses telles qu'elle sont, sans fioriture, sans fierté, sans peur ?
 
François remonte dans le 4x4 et démarre. Il est dans un état second. Il a l'impression, pour la première fois qu'il a trouvé celle avec qui il a envie de passer le reste de sa vie. L'air d'une chanson lui vient en tête qui lui occupe l'esprit jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'appartement de Yann.
 
    
- Béatrice -
 

II. Le ouebmasteur-trappeur quitte Paris - ou le voyage au pays des hommes célibataires -

 
Bon, je sais pas de quoi ça cause 3 mecs ensemble, promis, je vais essayer de faire de mon mieux
 
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- allo Yann, bonjour c'est François Supertramp. C'est Mado qui m'a passé tes coordonnées, elle m'avait dit qu'éventuellement tu serais d'accord pour m'héberger quelques jours.
- ah oui elle m'a appelé ce matin pour m'en parler. Pendant deux jours on a eu un temps à ne pas laissser un fou jouer dehors, il n'y avait plus aucun réseau mais c'est terminé à présent. Il a cessé de neiger et les routes sont accessibles. Viens si tu veux, pas de problème, le chalet est grand, y'a de la place et tu nous aideras à bricoler un peu
 
François raccroche, satisfait. Il avait déjà fait ses valises, réglé la note de son hôtel, loué un 4X4, attaché son skidoo solidement sur le toit, regardé sur internet la route pour aller jusque là-bas,  un peu moins de 450 kms de Paris, c'est pas la mer à boire, il n'attendait plus que l'accord de Yann mais il avait bon espoir qu'il n'y aurait pas de problème (ah ces yukonais, ça doute jamais de rien !).
 
Il est 10h30 quand il prend la route. A l'entrée de l'autoroute, il donne un lift à un couple d'auto-stoppeurs qui se rendent en Saône-et-Loire, dans un patelin appelé Le Creusot, enfin c'est ce que croit comprendre François parce qu'ils ont un tel accent bourguignon tous les deux que le yukonais a bien du mal parfois à décrypter ce qu'ils racontent. Une histoire de parents de 70 ans, Marcel et Paulette, retombés en amour débilo-romantico-pathético selon eux, après 50 ans de vie commune. Ils se placent en gardiens de la santé morale de ces 2 vieux qui d'après eux devient alarmante, ça doit venir des milliers de litres de vins ingurgités depuis l'enfance par le père et des milliards de prières de la mère adressées au bon dieu pour que son mari arrête de boire. Pis y'a une histoire de Mistoufle qu'ils n'ont pas bien compris. Faut absolument qu'ils remettent de l'ordre dans tout ça. Ils n'arrêtent pas de parler. François a hâte d'arriver à la sortie de Chalon sud pour les déposer.
 
Une fois tout seul, il décide de se boire un café à la prochaine aire puis reprend la route. Il est seulement 15h30 lorsqu'il gare le 4X4 devant le chalet. Yann et Djamel sont sur le toit.
- hé salut man, alors c'est à ça que ça ressemble un trappeur ? plutôt friké, faut qu'j'aille faire des affaires là-bas moi. Pourquoi t'as pas fait la route en skidoo ? t'as d'la chance, les voleurs préfèrent la mer ! Au fait, moi c'est Djamel. L'échelle est derrière, rejoins-nous. Sur la tête de ma mère on va t'montrer à quoi ça ressemble la France vu d'en haut.
"Sur la tête de ma mère" ? François n'est pas familiarisé avec les subtilités de la langue française mais Djamel va se faire un plaisir de parfaire ses lacunes.
Doucement au fil des heures qui passent, la sympathie s'installe entre les 3 gars. Yann est heureux de pouvoir discuter un peu avec un mec de son âge. C'est pas que Djamel l'ennuie, bien au contraire. Heureusement qu'il est là d'ailleurs, ça l'aide à ne pas broyer des idées noires, mais leurs repères ne sont pas les mêmes, forcément, avec ces 21 ans qui les séparent.
- hé les gars, vous voulez que je vous cuisine une spécialité canadienne ? c'eeeeesssst parti
François fouille dans les placards, il a de la chance, il y a tous les ingrédients dont il a besoin
Lorsque François les appelle pour dîner, Yann et Djamel se placent autour de la table, un peu abasourdis
- euh, comment t'as fait ? y'a pourtant pas de mac do dans le coin. Franchement les canadiens, vous êtes des rigolos pour la bouffe, gade moi ça le hamburger, zi va, j'y crois pas.
Djamel qui a l'habitude depuis quelques jours de se nourrir de mets délicats préparés par Yann voit un peu rouge
- allez, c'est une joke. J'ai tellement entendu dire en France que les canadiens ne mangent que ça que je n'ai pas pu résister à l'envie de rentrer dans vos bowlshits (sais plus si ça s'écrit comme ça). Tiens au fait, vous savez ce que nous on pense de vous les français : que votre fantasme à tous quand vous débarquez dans notre pays est de voir un orignal. Qu'est-ce que ça nous fait marrer quand un français nous demande où on peut en voir.
- plus sérieusement François, j'ai besoin de te demander des conseils. Mado m'a dit que tu as monté au Yukon un organisme qui propose des sorties à raquettes et chiens de traîneaux, je pense peut-être à faire ce genre de trucs ici dans le Jura. Bon à la base je suis architecte, j'ai beaucoup voyagé mais j'ai l'impression que j'en ai un peu marre là, je voudrais me poser quelque part, faire mon truc à moi, tranquillement, à mon rythme. Je crois que j'ai besoin de stabilité et je me dis que monter ce genre d'affaires, ça pourrait être sympa mais c'est juste une idée qui me trotte dans la tête pour l'instant.
François lui raconte qu'il avait monté son entreprise il y a quelques années, quand il vivait au Québec avec Fiona, une italienne rencontrée en laponie finlandaise et qu'il avait arrêté lorsqu'il avait décidé de retourner vivre chez lui au Yukon, sans Fiona.
Djamel qui depuis un moment écoute et commence à s'ennuyer mortellement ne peut pas s'empêcher de lancer :
-eh au fait, t'as une nana toi ? aujourd'hui c'est la st Valentin t'as peut-être plutôt intérêt à y penser si y'en a une qui t'attend chez les eskimos. Vous leur offrez quoi aux nanas au Yukon pour la fête des amoureux ? des bâtons de Gervais ? des testicules de caribou empaillés comme gri-gri pour conjurer les effets de la ménopause ?
François n'a pas l'habitude de questions si directes mais comme Yann  lui fait un clin d'oeil, il décide de rester sur le même ton.
- c'est quoi des bâtons de Gervais ? non, nous on fête la st Valentin en plein mois de juillet et on leur offre la chance de nous prouver leur amour pour nous : une nuit en forêt, enterrées dans la terre au pied d'un arbre jusqu'au cou. Si elles  résistent aux piqûres de moustiques, à la peur ou si elles n'ont pas été dévorées par un grizzli c'est qu'elles sont dignes des trappeurs que nous sommes tous là-bas ! (désolée c'est un peu glauque mais j'ai rien trouvé de mieux).
 
Le feu crépite dans la cheminée, le vin aidant, tout le monde se retrouve plus ou moins somnolant. Djamel qui baille à s'en décrocher la machoire décide de monter se coucher. Yann se lève pour rajouter quelques bûches. La chaleur qui se dégage et la magie des flammes qui dessinent sur les murs des formes mystérieuses incitent aux confidences.
- j'ai vécu un peu en Colombie. J'avais l'intention de me marier là-bas mais elle est morte dans un accident de voiture. Heureusement, Gérard le futur mari de Mado qui est un super pote est venu me chercher et je suis rentré. Je me sens paumé parfois, comme si on m'avait arraché quelque chose. Je sais que je vais m'en sortir parce que j'aime la vie mais tu comprends, pour l'instant je sais plus où je suis, ce que je veux. Alors j'ai décidé de venir m'enfermer ici puis Djamel m'est tombé dessus au bord de l'autoroute et finalement c'est une bonne chose parce qu'il m'aide à recoller les morceaux.
François reste silencieux. Quoi dire face à ce chagrin qui s'épanche ? Il n'a pas l'habitude de parler, de se répandre. Il est plutôt du genre à se carapaçonner pour ne pas ressentir la douleur. Pourtant il sait bien qu'il se leurre et qu'un jour il faudra bien qu'il accepte de se regarder dans un miroir.
- tu vois, jusqu'à ce que je perde Eléna dans cet accident, je ne me rendais pas compte à quel point je pouvais être fragile. C'est con mais j'étais tout le temps à faire des trucs, à m'occuper. A chaque instant que je restais éveillé, je trouvais un truc pour ne surtout pas prendre le chemin qui aurait pu me conduire jusqu'à moi-même. Et depuis que je me suis enfermé ici, je prends conscience petit à petit à quel point je suis passé à côté de moi. Tu crois que c'est vrai ce qu'on dit ? que les êtres humains auraient besoin de connaître la douleur pour accepter de prendre la route de l'essentiel dans leur vie ... serions-nous l'espèce la plus maso de l'univers ?
 
 
Bisou de la bonne nuit !
- Béatrice -
 

I. François pense à rentrer au Yukon - ou le voyage au pays de la solitude -

 
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- on s'appelle hein ?
- Ok, sois prudente sur la route
 
Voilà. Colombine a démarré et il regarde la voiture s'éloigner. Il ne l'a pas vraiment cru lorsqu'elle lui a dit qu'elle souhaitait interrompre cette balade à cause de la douleur provoquée par cette dent arrachée quelques heures plus tôt. Mais quelle importance. De toute façon il n'avait pas non plus envie de continuer ce tête-à-tête dans les rues de Paris. Oui, finalement c'était plutôt bien d'écouter son intuition, il s'en rendait compte à présent. Cela permettait de ne pas se plonger dans des histoires compliquées qui ne menaient à rien. Pourquoi lui avait-elle dit avant de partir "on s'appelle". Etait-ce donc là cette hypocrisie très française dont un québécois lui avait parlé un jour, ces phrases toutes faites prononcées sans les penser vraiment histoire de ne pas se sentir coupable de ne pas vouloir être gentil avec quelqu'un. Il se surprend à penser que sans doute cela doit être comme ça dans tous les pays où la solidarité, où l'acte vrai n'ont plus aucun sens. Chez lui, à Haines Junction et partout au Yukon, avec 30.000 habitants pour une surface représentant 2 fois et demi la Grande Bretagne, les mots ont du poids, les actes ont un sens parce qu'il y a si peu de monde que chacun se sent responsable de la vie de son voisin, toujours très éloigné.
 
Il ressent une envie irrésistible de contempler Paris depuis les toits. Il aperçoit la porte d'un ancien hôtel particulier en train de se refermer, il court, se glisse sous le porche, monte les sept étages à pied, grimpe l'escabeau de secours, ouvre la trappe et le voilà juste là où il le souhaitait. Les bruits de la circulation montent de manière étouffée jusqu'à lui. Ouf, presque du silence, cela lui fait du bien.
 
Cela fait combien de temps qu'il a quitté son Yukon tant aimé et qu'il est sur Paris ? Juste 2 semaines pendant lesquelles il a trouvé le moyen de blesser une nana avec son skidoo dans le métro. Mais quelle idée lui avait pris de se trimbaler avec ce machin. Evidemment la moto-neige allait servir de décor au salon sur lequel il était convié. Il croit se rappeler qu'elle s'appelle Mado et note dans un coin de sa tête de penser à la rappeler pour savoir si le skidoo n'a pas laissé de séquelles. Il l'avait conduite à l'hôpital et avait attendu qu'elle réapparaisse avant de la quitter mais il continue à culpabiliser un peu.
Tout en contemplant la nuit qui doucement descend sur la capitale, il ressent le manque de son pays. Il est fatigué de toujours parler français. Il sait bien que certaines personnes apprécieraient de parler anglais avec lui mais cette manière très française pense t-il, de vouloir toujours montrer ce qu'on sait, l'agace terriblement. Il y a trop de bruit à Paris, trop de gens, trop de lumière artificielle.
La nuit polaire, les aurores boréales joyaux somptueux apparaissant et disparaissant au coeur de la nuit, le crissement de ses pas dans la neige, les traces de caribous, les sapins parés de leur manteau d'hiver, les trous faits dans la glace pour trouver un peu de poisson, les soirées passées près de la cheminée de l'unique pub du village avec tous les vieux qui racontent leurs aventures de chasse, tout ça lui manque. Il se sent seul ici, c'est sans doute pour cela qu'il avait été séduit par cette Colombine au guichet du château de Versailles. Vraie parisienne celle-là, qu'est-ce qu'elle aurait compris à son Grand Nord, sans doute rien et elle n'aurait absolument pas supporter la solitude et l'immensité de son pays. Il l'imagine là-bas, avec lui en train de lui crier : "Emmène-moi dans la grande ville la plus proche, il me faut du bruit, des cris, des voitures qui défilent sans cesse sur la route". Alors il l'aurait conduite à Whitehorse et ses 23.000 habitants, et elle en aurait pleuré de rage. Cette idée le fait sourire et l'image de Mado se superpose à celle de Colombine.
 
Il sort son portable de la poche de son jeans, compose le numéro :
- Bonjour Mado, c'est François Supertramp, c'est moi qui ...
- Hye, how are you ?
François un peu perdu ce soir lui raconte ses états d'âme
- Tu me dis qu'il te reste encore une semaine à passer en France ? J'ai un ami qui est en ce moment dans le Jura dans son chalet. De la neige tu vas en avoir autant que tu voudras, appelle-le, il se sent assez seul en ce moment parce qu'il a eu un gros coup dur dans sa vie, je suis sure que cela lui fera plaisir que tu viennes chez lui.
François note le numéro, salue Mado et raccroche
 
 
Hé hé, va t-il aller rejoindre Yann ? qui nous concoctera le récit des aventures du trio Yann/Djamel/François ?
et qui veut prendre la relève pour assurer une nouvelle vie à Colombine Sanzel ?
 
Bonne soirée à toutes et tous
- Béatrice -