Profilo di Peuple voyageurPEUPLE ETRANGE : LES VOY...FotoBlogElenchiAltro ![]() | Guida |
XI. Vacances j'oublie tout ?Anny a donc déménagé de l'hôtel où elle et Robert ont passé ces quelques jours ensemble et elle est partie s'installer au Corossol, genre de petite auberge de jeunesse privée à la sortie de Gosier. 20 euros la nuit au lieu de 80, ça fait une grosse différence appréciable. Bon les chambres sont collectives mais après-tout, ce n'est pas si dramatique que ça. Au Corossol, ce qu'elle apprécie surtout, c'est le petit-déjeuner le matin sous les arbres. Les "sucriers" appelés ainsi parce qu'ils viennent picorer les grains de sucre, accompagnent ce moment. Elle aime regarder ces voleurs-volant virevolter, hésiter avant de se poser, puis piquer du nez pour dérober du sucre et repartir ensuite se poser sur un arbre.
Elle apprécie aussi la fin de la journée, lorsque les touristes rentrent de leurs virées. Tout le monde se retrouve pour discuter autour d'un verre, le soleil descend petit à petit et bientôt la lune pointe le bout de son nez. Tout le monde est un peu cassé par le soleil mais plaisante, partage, parle voyages. Pas comme dans cet hôtel où elle se serait sentie si anonyme si Robert n'avait pas été là.
Elle a décidé de louer un vélo. Le propriétaire du Corossol lui explique qu'elle ne pourra en trouver qu'à Sainte-Anne, alors elle file en bus de bon matin jusque là-bas et en loue un dans un hôtel pour 2 jours.
La voilà partie, décidée à aller ainsi jusqu'à la Pointe-des-Chateaux. Il fait chaud, le soleil tape déjà fort et cela fait si longtemps qu'elle n'a plus pédalé. Pas vraiment de possibilité de passer par de petites routes, inexistantes. La circulation est dense. Quelqu'un lui avait dit d'aller faire un tour à la plage de Bois-Jolan quelques kilomètres après Sainte-Anne. Elle s'y rend et elle voit là quelques tentes familiales. Les guadeloupéens aiment camper. Le plus grand moment pour ça est Pâques qui provoque des rassemblement de familles et pendant 3 jours, les plages ressemblent à de grands villages aux cases de toile. Pâques est déjà passé mais c'est le week-end et la plage est bondée. Des voitures partout, de la musique. Elle s'arrête un moment pour déguster un snow-ball puis repart. Même si ses cuisses et ses fesses la font souffrir, elle est heureuse de refaire du vélo et apprécie ces moments de lenteur où il est plus aisé de s'arrêter pour admirer une vue, faire une photo, où le temps passe différemment. La distance jusqu'à la Pointe-des-Chateaux est importante mais la route est si belle et elle forme à un moment une longue bande coincée à droite et à gauche par l'océan.
Elle est enfin arrivée et heureusement, il y a une paillote sur la plage qui va lui permettre de faire un break apprécié de son estomac. Comme elle avait commencé à apprendre le créole avec la méthode Assimil avant de partir, elle décide de s'y essayer. Le serveur est impressionné et les voilà tous les deux lancés dans une grande discussion. Il la fait rire, il a l'air sympa. Il lui propose de la raccompagner en fin de journée en voiture jusqu'à son auberge, elle accepte. Après s'être restaurée elle décide d'aller se baigner du côté où l'océan est calme car en face de la Pointe les vagues sont extrêmement violentes. La plage est belle, la mer transparente, l'endroit est paisible.
Allongée sur sa serviette, le visage et le corps blancs de crème solaire, elle repense à celui qui a décidé de s'envoler sans elle pour Cuba. Les questions fusent dans sa tête :
- Pourquoi est-ce que la vie n'est pas plus simple ? pourquoi y-en a t-il toujours un qui aime plus que l'autre ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à l'aimer d'amour cet homme qui ne me veut que du bien alors que les autres étaient tous des dingues ... Suis- je complètement maso ?
- Hé salut, j'ai fini ma journée, on se baigne un peu avant d'y aller ?
Anny avait complètement oublié le serveur. Oui ... se baigner. Oh que ses jambes lui font mal mais dieu que c'est bon de se baigner dans cette eau transparente et si chaude. Il lui parle ... beaucoup. Elle fait la planche et se laisse glisser sur les vagues. Un jour il faudra vraiment qu'elle se penche sur la relation qu'elle entretient avec les hommes. Y'a un truc qui ne va pas, elle le sent bien mais elle n'arrive pas à se l'expliquer.
- Béatrice -
X. Noche callenteRobert se rend au Malecon, ce long boulevard de 6 kms qui longe la mer et tout au long duquel on peut voir des maisons, palais d'un autre âge, immeubles, tous colorés. La Havane ressemble à une ville qui aurait été bombardée la veille. Les bâtiments sont extrêmement dégradés et pourtant, l'effervescence, la chaleur, la proximité de la mer, la gentillesse de son peuple rend cette cité attachante aux yeux de Robert qui n'est là que depuis quelques heures.
Il se rend dans un club de salsa situé dans le quartier. Sur son chemin, il se fait aborder par deux cubaines qui se proposent de l'accompagner. Il accepte et elles le préviennent que s'ils croisent la police, il devra faire semblant de ne pas les connaître, le gouvernement souhaitant que les touristes aient le moins de contacts possible avec la population. L'une d'elles a des locks. Elle raconte à Robert que parfois toujours cette même police s'en prend aux rastas, les emmènent au poste et leur rasent la tête. Elles ont peut-être une vingtaine d'années, belles, pulpeuses, provocantes avec leur jupe arrivant tout juste au dessous des fesses et leur décolleté plongeant : Maria et Sapina, tel est leur prénom. Robert, dans son espagnol approximatif, essaie d'en savoir le plus possible sur la vie dans ce pays. Les filles sont noires et pourtant elles le préviennent en lui disant de toujours se méfier des gens de cette couleur. Bizarre à quel point la révolution n'a rien changé. Non seulement le problème de racisme est toujours présent semble t'il, mais en plus, même les gens de couleur qui devraient d'après lui, être solidaires, sont au contraire montés les uns contre les autres. Comme quoi, tout vrai changement passe d'abord par soi. Elles lui racontent encore que pour vivre, le gouvernement distribue des tickets de rationnement, elles n'ont droit qu'à une certaine quantité de nourriture, de cigarettes ... tous les magasins dans lesquels on peut payer en dollars n'étant accessibles qu'aux gens fortunés et aux touristes.
Sapina, plus délurée semble t-il que sa copine, prend tout à coup Robert par le cou. Il lui retire délicatement son bras en lui expliquant que chez lui, cela ne se passe pas de cette façon. Elle n'a pas l'air de comprendre :
- tu sais ici un homme te plaît, tu lui plais et c'est tout. On en fait pas toute une histoire. On couche ensemble et si on se plaît encore après on reste ensemble sinon on se sépare. Et toi tu es un homme non ? Tous les hommes réagissent pareils mais peut-être que je ne te plais pas ? tu préfères ma copine ?
- pour aller plus loin avec une femme, j'ai besoin d'être amoureux d'elle. Vous êtes jolies toutes les deux mais je viens de vous rencontrer et en plus vous êtes jeunes
- C'est bien la première fois qu'on entend un blanc parler de cette façon. Tu ne les as donc pas vu ces touristes tous plus vieux et plus difformes les uns que les autres, se balader aux bras de filles de notre âge ? C'est parce que toi tu es beau que tu fais le difficile ? tu verras tout à l'heure au dancing, il y en aura pleins.
Robert est attéré d'entendre ces jeunes filles parler de cette façon. Les cubaines sont-elles toutes comme ça ou est-il tombé sur deux phénomènes ?
Lorsqu'ils arrivent au club, Maria et Sapina entrent les premières. Le vigile les refuse mais lorsque Robert lui dit qu'elles sont avec lui, il accepte de les laisser passer. En fait de club, il s'agit d'un grand jardin dans lequel une piste de danse a été aménagée. Tous les trois s'installent à une table et Robert est impressionné par les couples qu'il voit danser. Il a du coup l'impression d'être un débutant alors qu'il pratique la salsa depuis une quinzaine d'années. Trois filles assises à la table d'à côté l'observent. A la fin de la musique, l'une d'elles se lève pour l'inviter à danser. Il est aux anges, il n'aurait jamais osé inviter quelqu'un. La fille se frotte contre lui, il se sent très mal à l'aise et sent le regard de Maria et Sapina peser sur lui. Mais voilà que la musique recommence et il oublie tout. Il retrouve les pas, le rythme lui entre dans la peau. Peu importe le visage ou le corps de la partenaire, seule la danse l'ennivre et l'emporte. Lorsqu'il retourne s'asseoir, ses deux copines pouffent de rire.
- Vous trouvez que je danse mal ?
- Non c'est pas ça, au contraire. Mais est-ce que tu sais avec qui tu as dansé ?
- ..........
- C'était un travesti, ah ah ah. Tu ne sais même pas reconnaître une femme d'un homme alors ?
Robert est confus et se demande si ces deux chipies ne sont pas en train de se moquer de lui. L'orchestre se met tout à coup à jouer une musique plus langoureuse. Il voit des couples se lever, se diriger vers la piste et se mettre à danser. Au moins sur ce point, les chipies avaient raison. De très jeunes filles, toutes plus belles les unes que les autres, se frottent contre d'affreux touristes qui se prennent du coup pour des dieux. Robert en a mal au ventre. Sapina l'invite à danser mais il refuse. Il ne veut pas être comparé à ce qu'il voit. Ce n'est pas pour ça qu'il est ici. C'est pour la danse, vraiment pour la danse. Mais ses deux copines pourraient-elles comprendre ça ?
Il n'est pas très tard mais il se sent fatigué. Il explique à Sapina et Maria qu'il s'en va. Elles insistent pour qu'il reste mais il a trop entendu parler de toutes ces filles, et ces hommes aussi d'ailleurs, qui recherchent quelqu'un pour pouvoir fuir le pays alors avec gentillesse il décline leur invitation et sort du club.
Quel pays étrange, quel peuple étrange.
- Béatrice -
IX. Libre comme un verre de "Cuba libre""La république de Cuba est formée de l'île de Cuba, de l'île aux Pins et de quelques autres petites îles. Elle est située dans l'arc des Grandes-Antilles. Cuba est la 2e île la plus peuplée des Caraïbes avec 11 200 000 habitants ..."
Robert relit son guide pour la dixième fois au moins. Il vient d'arriver dans une famille à la Havane dont par hasard, une jeune femme dans l'avion lui avait parlé. Arrivé à l'aéroport, il avait appelé pour savoir s'il y aurait une chambre de libre et la femme qui l'avait renseigné au téléphone lui avait expliqué comment arriver jusqu'à la maison. A la sortie de l'aéroport, un homme dont cela semblait être le rôle, avait arrêté un taxi pour lui. Il lui avait bien précisé qu'il recherchait un mode de transport peu cher et c'est donc dans un taxi collectif qu'il était tombé.
Tant qu'à faire ce voyage tout seul, il a décidé de s'essayer à jouer les routards. C'est décidé : pas de ghettorisation dans des hôtels hors de prix mais plutôt une chambre chez l'habitant, pas de location de voiture mais train, bus et pourquoi pas stop. Son coeur palpite à cette idée. Il se sent un peu déboussolé car pour lui c'est un challenge ce voyage solo. En plus il ne l'avait pas du tout envisagé sous cet angle à la base et n'est donc absolument pas préparé à tout ce qu'il va vivre.
Son hôtesse, une petite dame charmante d'environ 60 ans lui a monté un verre de jus de mangue. Quelle gentillesse. La maison est propre, sa chambre est spacieuse et coquette. Elle ne lui coûte que l'équivalent de 9 euros. Il aurait été si bien ici avec Anny. Anny ... c'est lui qui a décidé de continuer seul mais lorsqu'il lui avait annoncé sa décision elle n'avait rien dit, pas insisté, pas demandé pourquoi. Elle, avait décidé de prolonger ses vacances en Guadeloupe et avait l'intention de quitter l'hôtel pour une petite auberge de jeunesse privée à la sortie de Gosier. Que faisait-elle à présent ? Avait-elle des regrets ?
Il avait revu la fleuriste avant son départ. Il était passé à Diane et elle avait accepté de l'accompagner dans cette randonnée qu'il tenait absolument à faire.
- Votre amie n'est pas avec vous ?
Robert avait répondu d'un geste évasif de la main. Mais elle avait envie de savoir, alors elle avait un peu insisté :
- C'est votre compagne ? vous vous êtes fâchés ?
- Etes-vous déjà tombée amoureuse d'un homme qui ne vous aime pas Georges ?
- On me surnomme Djay en général, et je vous avoue que je préfère !!! Pour répondre à votre question ... non. Vous savez ici amour, pas amour, c'est un peu secondaire ... enfin ... on ne se dit pas les choses exactement en ces termes. Les femmes bien souvent pensent qu'elles vont pouvoir retenir un homme en lui faisant un enfant. C'est comme ça qu'elles se retrouvent souvent seules avec un papa différent pour chaque gosse. Malheureusement cela ne fait pas rester les hommes pour autant. Et pour essayer de les faire revenir elles dépensent leur argent chez le quimboiseur. Finalement ma chance a peut-être été d'être stérile, cela m'a permis d'échapper à ça. Avec moi les hommes ne restent pas non plus mais au moins je ne suis pas à me torturer sans arrêt en me demandant comment je vais bien pouvoir nourrir mes enfants. Cette vie de négresse solitude m'a permis aussi de m'ouvrir à d'autres horizons. J'aime lire, j'aime écouter des émissions qui me font voyager, j'aime apprendre des langues. Je parle l'anglais et l'espagnol en plus du français et du créole. Pas mal pour une petite fleuriste non ?
Robert qui marchait à ses côtés se souvient qu'il n'avait pas pu s'empêcher de penser que Djay était vraiment une belle femme. Presqu'aussi grande que lui, un corps épais de femme des champs mais musclé, bien proportionné, de long cheveux noirs tressés, des lèvres charnues. Sa présence lui avait fait du bien. Dans sa vie commençait à réapparaître l'échange avec le féminin, lui qui s'en était privé depuis si longtemps. C'est quoi une femme ? Ca veut quoi une femme ? Comment ça fonctionne une femme ? Il avait l'impression d'être un gamin de 14 ans placé devant le grand mystère de la vie, lui qui avait plus de 3 fois cet âge. En vivant cette expérience avec Anny, il s'était rendu compte qu'il ne savait rien et que dans le domaine de l'amour, il se sentait aussi à l'aise qu'à marcher sur des sables mouvants.
- Vous l'aimez et elle ne vous aime pas, c'est ça ? J'ai du mal à comprendre comment cela puisse être possible. Je veux dire : comment peut-on prétendre aimer quelqu'un avec qui on a rien vécu en matière de relation de couple ? Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas seulement attaché à la première donzelle qui est passée devant votre porte ? Peut-être que votre solitude vous fait prendre des vessies pour des lanternes. Enfin ... je ne devrais peut-être pas vous dire ça ...
Robert sort tout à coup de sa rêverie. OK, il est un super danseur de salsa dans son village alors il faut absolument qu'il confronte sa manière de danser à de véritables maîtres de cet art, c'est avant tout pour ça qu'il avait choisi cette destination. Alors au diable Anny et vive la vie. Il enfile un tee-shirt propre et sort de la maison.
- A moi La Havane, à moi Cuba
- Béatrice -
VIII. Karukéra, l'île où la vérité se révèleIl est 8 h. Robert est sorti de sa chambre et attend Anny sur la terrasse pour prendre son petit-déjeuner.
- Hé tu es allée faire un jogging ?
- mmmm
- Tu fais toujours la tête ? on peut quand même parler ou pas ?
- Vas-y, je t'écoute.
- Je t'ai attendu hier. Lorsque tu es partie je suis remonté dans ma chambre en espérant que tu reviendrais. Après j'ai traîné sur toutes les plages du Gosier pour essayer de te trouver puis à 17 heures je suis rentré et je me suis endormi. Faut croire que j'étais vraiment crevé avec le décalage horaire ! Je me suis réveillé dans la nuit, vers 3 h j'ai frappé à la porte de ta chambre mais tu n'as pas répondu. Tu étais sortie ?
- Et tu penses que je vais te répondre là ?
- Anny, je t'avais prévenu lorsque tu m'avais demandé si cela ne me ferait pas mal de partir en amis-amis avec une fille dont je suis amoureux. Je t'avais dit que je n'en savais rien. En fait hier lorsque tu m'as parlé de Georges, tu m'as tendu une perche parce que je ne savais absolument pas expliquer pourquoi j'étais devenu effectivement distant et silencieux. Et en réfléchissant je me suis rendu compte que oui, ça me fait affreusement souffrir d'être à tes côtés pratiquement 24 heures sur 24 sans pouvoir te toucher. Des fois j'ai envie de te prendre dans mes bras. Avant hier à la rivière j'avais envie de te sauter dessus. Du coup je finis par t'en vouloir de me rejeter. Hier j'étais vraiment malheureux de ce malentendu entre nous. Et je ne m'explique pas non plus pourquoi cela t'a rendu furieuse l'idée que je puisse avoir envie de passer la journée avec cette fleuriste.
- Tu penses qu'il vaut mieux qu'on continue chacun de notre côté ce voyage ?
- Je n'en sais rien, mais tu ne veux pas répondre ? Pourquoi étais-tu fâchée hier ?
- Tu te souviens de l'histoire de la reine des abeilles que je t'avais racontée la première fois que nous nous sommes revus devant chez toi ? Même si ce jour là j'ai dit beaucoup d'inepties, j'ai quand même sorti des choses vraies à mon propos.
- C'est le 4e jour aujourd'hui que nous passons sur cette île. Je te propose d'attendre demain pour prendre une décision puisque nous sommes sensés reprendre l'avion après-demain pour La Havane. Je vais aller cet après-midi faire cette randonnée dont je t'avais parlé hier, si tu veux je te laisse la voiture, j'en louerai une autre.
- Non, le réseau de bus sur la Grande-Terre est suffisamment développé pour aller à peu près n'importe où. Je n'ai pas encore décidé de ce que j'allais faire mais garde la voiture, ça ira.
Fin de la série Robert et Anny à Karukéra
- Béatrice - VII. Karukéra, l'île où les volcans se réveillentDepuis hier soir, après qu'ils soient rentrés de la rivière, Anny sent que Robert est un peu plus distant. Ce matin, au petit-déjeuner elle lui demande :
- Ca va ?
- ben oui pourquoi ?
- Parce que j'ai l'impression que tu n'as plus très envie que je sois avec toi
- Mais non Anny tu te trompes
- Alors tu peux m'expliquer pourquoi tu ne dis plus un mot ?
- Je ne sais pas. Tu veux faire quoi aujourd'hui ?
- Bronzage. On va se ballader du côté de Moule ? comme ça tu me laisses à la plage, il paraît qu'il y en a une magnifique et toi tu vas rouler dans les champs de canne si tu veux et visiter la distillerie, ça te va ?
- Je pensais plutôt aller randonner sur la Basse-Terre. J'ai lu qu'ils ont tracé un nouveau sentier qui a l'air vraiment extra du côté de Bras-David justement. Il faudrait partir tôt parce que la boucle dure environ 6 heures et j'aurais bien aimé qu'on s'arrête de temps en temps pour se baquer dans les cascades, pique-niquer et faire une petite sieste.
- Non j'ai la flemme de marcher aujourd'hui. Allez viens, on a le temps de faire de la rando, on peut bien se reposer un peu non ? t'es pas crevé avec le décalage horaire ?
- Non je suis en pleine forme
- Bon tu peux me le dire : en fait tu as envie de retourner à Diane voir cette fille ?
- Et si c'était le cas ?
- Quoi ? mais tu n'es pas un peu gonflé là ? Tu me sors les violons en France, tu me racontes que tu es amoureux de moi et dès qu'il y a un autre jupon dans le coin tu me laisses tomber ?
- Comment peux-tu dire ça Anny, c'est toi qui ne veut pas de moi. Il faut que je fasse quoi ? que je me fasse moine ? que je mette ta photo sur un autel et que je fasse brûler de l'encens à ta gloire ?
- Ne dis pas n'importe quoi. Simplement on a dit qu'on passait des vacances ensemble alors on reste ensemble
- Je ne sais pas si tu t'entends là. Tu es en train de me la jouer à l'épouse mais qui ne couche pas
- Ne sois pas grossier, ça n'a rien à voir
- Alors depuis quand des amis devraient rester collés l'un avec l'autre ? et même un couple d'ailleurs. Si tu bois un planteur faut que je boive un planteur ? Si tu veux te faire bronzer faut que j'aille visiter les champs de canne ? C'est toi qui décide et moi je n'ai rien d'autre à dire ? Je suis désolé Anny mais ça c'est juste de la possessivité de gamine capricieuse.
- Non c'est faux. J'irais bien moi en randonnée avec toi mais pas aujourd'hui, je suis trop crevée là.
- Donc c'est bien ce que je dis : parce que tu es crevée il faut que je fasse en fonction de toi alors que moi je pète la forme.
- Mais bon sang, arrête d'être égoïste, tu peux bien me suivre aujourd'hui. Demain ce sera moi et vice et versa.
- Oui mais je n'en ai pas envie. C'est peut-être égoïste mais ta réaction est puérile. Et je ne peux pas faire semblant d'être content de te faire plaisir si cela ne me fait pas plaisir.
- Va au diable. Au lieu de faire tout un cirque, si vraiment tu as envie de retourner voir cette fille, retourne-y mais ne vient pas me donner des leçons sur ce qui est puéril ou pas.
- Tu es jalouse là, tu t'en rends compte ?
Anny est dans une colère noire. Elle se lève de table, prend son sac et sort de l'hôtel.
- Quel enfoiré, quel manipulateur, quel nul ce mec. Mais pour qui se prend-il ? Qu'il retourne là-bas si ça lui chante, moi je vais prendre un bus pour aller sur une autre plage que celle du Gosier et on verra bien ce soir.
Vers 18 heures, Anny rentre à l'hôtel. Elle a passé la journée à Sainte-Anne. Elle a pris un bus pour y aller. Ils sont si drôles ces bus guadeloupéens. Ce sont en fait des minibus : photos de Bob Marley partout, raggae à fond à l'intérieur ou encore zouk. Elle a de la chance, celui qu'elle prend n'est pas bondé à cette heure là. La plage de Sainte-Anne est très belle mais tellement peuplée. Allongée sur son drap de bain, elle lève la tête de temps en temps en espérant apercevoir Robert marchant à sa recherche. Baignade- bronzette, baignade-bronzette, baignade-bronzette, au bout d'un moment elle finit par en avoir marre d'autant plus qu'elle a attrapé de sérieux coups de soleil même avec les tartines de crème qu'elle a appliqué alors elle décide avant de retourner à Gosier, de se payer une séance de manucure. Elle n'a pas pris soin de ses ongles depuis trop longtemps et en plus lorsqu'elle est énervée, elle a tendance à les ronger, donc mieux vaut faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.
19h, Robert n'est toujours pas rentré. 20h, 21h.
- Mais qu'est-ce qu'il fait ? Où il est ? Moi jalouse ?
Attablée près de la piscine, elle commande planteurs sur planteurs et renvoie sans manière tous les hommes qui viennent les uns après les autres lui dire qu'elle a un corps "catalogue".
- Moi jalouse ? Bon : premièrement j'ai largué Vincent Scoumoune parce que javais besoin de vivre un peu seule pour voir de quoi je suis capable alors c'est pas maintenant que je vais me remettre avec quelqu'un. Deuxièmement, Robert est fermier et je n'ai pas envie de passer le restant de mes jours à traire des vaches. Troisièmement jai 38 ans et lui en a 46 : non ça c'est pas valable. Quatrièmement il voudrait partir vivre en Amérique Latine et moi ça ne m'intéresse absolument pas. Cinquièmement il a raison : je suis possessive, c'est bien ce que je disais avec l'histoire des abeilles au début. Je voudrai être une reine et que tous les bourdons soient à mes pieds. Mais ça c'est pas possible, faudrait peut-être que je commence à grandir. Pffff, j'ai la tête en vrac moi, faut qu'j'monte me coucher.
- Béatrice - VI. Karukera, Diane la magicienneIl est 16h. Ils viennent d'arriver près du bassin et Robert aperçoit Georges qui traverse la rivière - hé mais c'est mon touriste de ce matin
- bonsoir Georges, je vous présente Anny une amie
- Vous avez l'air surprise Anny de mon prénom. C'est que pendant longtemps, les parents choisissaient le nom du saint du jour de notre naissance. C'est ainsi que vous retrouverez beaucoup de femmes avec des prénoms masculins ou des choses un peu plus incroyables encore du genre "Fête Nat". Ah ah ah, ne faites pas ces yeux là, on finit par s'habituer mais heureusement cela est en train de changer.
- J'ai perdu un pari tout à l'heure, est-ce que je peux vous acheter un bouquet de roses de porcelaine ?
- Venez avec moi dans mon jardin, vous les choisirez vous-même.
La rivière n'est pas profonde et la belle guadeloupéenne les emmène par un chemin jusqu'à son jardin camouflé par les cocotiers, les fougères, les arbres à pains ... Robert choisit 5 roses, les tend à Anny puis ils ressortent de ce dédale exotique.
- Quand vous remonterez en partant, arrêtez-vous à la deuxième maison sur votre droite, c'est là que j'habite avec mon père.
Elle les salue d'un geste de la main et s'éloigne.
- T'as vu Anny ? j'adore cette femme, elle est vraiment super
- Bon on se baigne ou pas ? Ca a l'air plutôt froid non ?
- Eh mais c'est que tu ferais la tête ? Allez arrête de faire ta parisienne et viens, on peut sauter de ce petit rocher.
L'endroit est désert. Georges les a informé que l'endroit est très fréquenté en fin de journée par les jeunes qui viennent piquer une petite tête ou par les amoureux le soir qui viennent se conter fleurette et souvent beaucoup plus ! Malheureusement les gens ne font pas attention et laissent traîner leurs détritus partout. Heureusement, des associations ont lancé depuis quelques années des campagnes de sensibilisation et des brigades se sont formées afin de nettoyer les plages et les rivières.
- Viens par là Robert, c'est trop bon ce jaccuzzi naturel. Waouh, ça se sont des massages. Ca détend tellement
- Tu n'as pas froid ?
- un peu mais pas grave, c'est trop bien, je veux en profiter au maximum. Allez approche-toi je ne vais pas te manger
- Tu vois là, toi et moi à moitié nus dans ce décor de rêve, si je m'approche je ne réponds plus de moi. Alors mieux vaut que je reste à distance pour l'instant.
La rivière forme un bassin assez profond pour que l'on puisse y nager tout en ayant quand même pied et repart sur la droite, obstruée parfois par des rochers qui provoquent un courant suffisamment fort pour servir de masseur naturel.
Lorsqu'ils ressortent de l'eau, ils aperçoivent des jeunes gens qui sont assis un peu plus loin et qui ont l'air de se masser le cuir chevelu. Anny et Robert décident de laisser la voiture là et de monter à pied jusqu'à la maison de Georges.
- Les jeunes plus bas sont en train de se masser les cheveux on dirait, vous en connaissez la raison ?
- Oui ils essaient de se faire des dread locks et ils utilisent de la graisse de cacao parfois
- Votre père n'est pas là ?
- Non la récolte de la canne a commencé et à chaque saison il monte jusqu'à Moule pour travailler. Vous êtes déjà allés jusque là-bas ? Ce sont des champs de canne à perte de vue. Balladez-vous en scooter de préférence, vous apercevrez les hommes travailler, et peut-être aussi des champs en feu. Rien de grave, c'est juste pour chasser toutes les bestioles et faire monter le sucre. En Guadeloupe c'est l’usine de Gardel qui représente 80% des volumes de sucre produit ici. Je suis sure que vous ne saviez même pas que le sucre roux, brut, fabriqué sur mon île arrive à Marseille, dans la raffinerie multinationale Saint-Louis Sucre et aussi en Alsace pour y être raffiné, blanchi, puis expédié sur les marché européens. A Moule il y a aussi la distillerie Damoiseau. Allez y faire un tour et la fabrication du rhum n'aura plus de secrets pour vous. Vous vous êtes baignés tout à l'heure à Diane ?
- Oui c'était géant, quelle chance vous avez d'habiter tout près
- Les rivières sont belles en Guadeloupe et il y en a partout, c'est pour ça que les premiers habitants, les indiens arawaks, l'avaient nommée Karukéra. Il paraît qu'ils venaient du Vénézuela. Mais ils ont ensuite été exterminés par une tribu cannibale, les Caraïbes. Puis nous sommes arrivés mais là, j'imagine que vous connaissez l'histoire et pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Sarko a décidé de leur apprendre, reste à voir de quelle façon il va le faire. Enfin, on est pas là pour parler politique. Pour en revenir aux rivières, il n'y en a pas vraiment sur la Grande-Terre, c'est beaucoup trop sec la-bas. La Grande-Terre pour les touristes c'est la mer et la bronzette et la Basse-Terre c'est plutôt la randonnée. Elle est verdoyante toute l'année grâce aux pluies plus nombreuses que là-haut et qui sont provoquées par la Souffrière qui arrête les nuages. Si vous aimez les rivières, allez du côté de Bras David. Vous prenez la route de la Traversée et vous verrez un panneau. Mais ne restez pas là où il y a tout le monde. Passez sous le pont, partez sur la droite et un peu plus loin vous aurez un magnifique bassin digne d'une carte postale où vous pourrez être tranquilles car peu de monde connaissent l'endroit et comme le chemin est un peu inconfortable, les gens préfèrent rester au bord de la route.
- Comment vous remercier Georges ? vous êtes une vraie mine d'informations et tellement sympa
- De rien, j'aime mon île alors j'aime donner les informations. Je n'ai jamais voyagé vous savez et parler avec les touristes, ça me donne l'impression de partir un petit peu.
- Peut-être repasserons-nous par Diane avant notre départ. Pourrons-nous venir vous saluer ?
- Bien sûr. Allez, kembé rèd pa moli, bonnes vacances à vous
- Béatrice -
V. Karukera, l'île aux belles eaux- Est-ce que tu veux boire un autre planteur ?
- Non c'est délicieux mais j'ai déjà la tête qui me tourne et n'oublie pas que tout à l'heure on va faire une course à la nage jusqu'à l'îlet Gosier !!!
Finalement Anny a accepté de partir avec Robert à Cuba mais pour des raisons qu'elle ne s'explique pas encore, elle a souhaité faire un détour par la Guadeloupe. C'est donc un aller Paris-Pointe-à-Pitre-La Havane qu'ils ont choisi de prendre. En arrivant il y a deux jours, ils ont pris un taxi depuis l'aéroport Pôle Caraïbes jusqu'à Gosier où Anny avait réservé un hôtel : la Maison Créole, située à 800 m de la plage.
C'est le premier grand voyage dans la vie de Robert. Tout l'enchante. Il pose un regard d'enfant émerveillé sur chaque chose, tout est sujet à pousser des "waouh", des "oh" des "incroyable". Aussi bien la chambre de l'hôtel que la préparation du ti-punch : rhum blanc, citron vert, sucre de canne ; que les vendeuses de snow-ball au bord de la route ; que les joueurs de domino qu'il surprend parfois en glissant un regard dans un bar ou sur des terrasses privées ; que les joueurs de gwo-ka qu'il ne se lasse pas d'écouter.
D'ailleurs hier soir ils ont assisté à la représentation d'un groupe et ensuite, Robert n'a pas pu s'empêcher d'aller discuter avec un des musiciens : "le gwo-ka, lui explique le gars, est une musique traditionnelle de Guadeloupe qui remonte au temps de l’esclavage. Les esclaves venus d’Afrique de l’Ouest ont amené avec eux les percussions et les chants de leur pays d’origine. Le terme gwo-ka serait d’ailleurs une déformation du mot « N’goka » désignant le tambour. Les joueurs utilisent deux sortes de tambours : le boula, qui donne le rythme, est un tambour grave ; le maké, au son plus aigu, sert à l’improvisation". Robert revient près d'Anny, un grand sourire de satisfaction aux lèvres et lui relate tout ce que le musicien vient de lui enseigner.
A chaque fois elle ne peut s'empêcher de sourire. Elle a l'impression d'être en vacances avec un extra-terrestre et cela lui fait du bien, la fait réfléchir sur le regard qu'elle-même pose habituellement sur les choses.
Ce matin ils étaient au marché de Pointe-à-Pitre : pommes-cannelles, mangues, maracudjas, caramboles, corossols, fruits à pain, pommes-malaka, goyaves, quénettes, surelles, abricots-pays ... tous ces noms si chantants enchantaient les oreilles de Robert qui s'entraînait à tous les retenir. Et ces "doudou chéri-mwen" lancés par les marchandes aux chalands résonnaient en lui comme une berceuse.
- dis Anny, tu voudrais pas m'appeler doudou chéri-mwen ?
- aaaaah, tu voudrais que j'essaie de te vendre quoi ?
- Pourquoi est-ce que tu voulais qu'on vienne sur cette île ?
- Je ne sais pas comment l'expliquer. Il y a environ 2 mois, je suis allée acheter des CD à la FNAC et je suis tombée sur une méthode pour apprendre le créole. Je l'ai achetée et je me suis mise à apprendre cette langue. J'ai ensuite acheté aussi un dictionnaire et des livres avec la traduction française à côté. Il n'y a aucune raison logique à ça et depuis qu'on est arrivés, je me sens chez moi ici, c'est bizarre non ?
- Aïe aïe aïe, tu étais une belle créole dans une vie antérieure ? Plus sérieusement, tu penses que tu voudrais t'y installer ?
- C'est trop tôt pour le dire. Ce qui me gêne c'est qu'il y a énormément de tourisme, une circulation de dingues avec des embouteillages, on se croirait à Paris des fois et tu te rends compte que cette petite île compte au moins 450.000 habitants ? Si ça continue cela signifie qu'il faudra encore déboiser, faire plus de routes et un jour il ne restera plus que le béton et la plage malheureusement. Je ne suis pas sure d'avoir envie de contribuer à cette horreur. Bon de toute façon ça fait seulement 2 jours qu'on est là, on verra à la fin des vacances. Allez, si tu as fini de siroter ton planteur on peut peut-être enfiler nos maillots de bain et commencer le concours non ? le premier arrivé gagne un bouquet de roses de porcelaine d'accord ?
- C'est bizarre ces trucs. J'en ai touché au marché et c'est tout dur. C'est une drôle d'idée d'avoir choisi ce nom qui est totalement à l'opposé de la consistance de la fleur.
- Ces trucs Robert ça s'appelle des pétales et oui, je me suis faite la même réflexion que toi. C'est sans doute de l'humour guadeloupéen !!!
- Bon ok pour toi si tu gagnes ce sera le bouquet de roses de porcelaine mais moi tu vois, je voterai plutôt pour une bonne bouteille de Damoiseau bien corsé. Ensuite on ira se rinçer dans une rivière sur la Basse-Terre qui s'appelle Diane, tu veux ?
- D'où tu sors cette rivière ?
- C'est une marchande de fleurs ce matin qui m'a dit qu'elle habite à côté. Elle m'a raconté que de l'autre côté de la rivière, elle a un petit jardin dans lequel elle vient cultiver ses fleurs. Il paraît que c'est super agréable de s'y baigner et les touristes n'y vont pas parce que ce coin n'est pas indiqué dans les guides.
- Et tu peux m'expliquer pourquoi elle t'a refilé le tuyau ... à toi ?
- C'est juste que j'ai été tellement impressionné par la couleur de ses yeux verts presque fluos, que je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire qu'ils étaient extraordinaires.
- Peut-être qu'il serait préférable que tu y ailles tout seul.
- Tu me fais quoi là ? une crise de jalousie ? je croyais que tu voulais qu'on soit juste amis !
- Béatrice -
IV. Cuba or not Cuba, that is the questionQuelques jours plus tard à l'ombre d'un marronnier au bord de l'étang sous le soleil corrézien :
- Anny, tu connais Cuba ? Tu y es déjà allée ?
- Non pourquoi ? Tu pars en voyage ? Tu as gagné le concours des lessives "Kilavetout" ?
- Non, il y avait un concours pour gagner un voyage ???? grrr si j'avais su, je n'aurais pas pris nos billets d'avions !!!
- Nos ? tu pars avec quelqu'un ?
- justement, vu que tu as eu l'air d'aimer danser la salsa jeudi dernier lorsque tu m'as accompagnée à mon cours, je me suis dit que tu aimerais surement Cuba
- Attends Robert. Là tu vas beaucoup trop vite. Nous sommes amis n'est-ce pas ? J'apprécie énormément la sincérité de notre relation, elle me fait un bien fou. Avec toi je m'ancre de nouveau dans la réalité... mais je n'ai jamais pensé que cela pourrait aller plus loin entre nous. Pour moi tu es un super pote, c'est tout.
- ......
- Est-ce que j'ai eu l'air de donner l'image contraire ? Est-ce que mon attitude a pu te faire penser que j'attendais autre chose ?
- Je n'en sais rien Anny, je n'ai plus depuis longtemps de présences féminines autour de moi. Je veux dire ... comme ça, une relation intime dans laquelle je me livre, dans laquelle je prends du temps pour penser et parler d'autre chose que de ma ferme. Oui je vais sans doute trop vite, je suis parfois aussi bourrin que mes bêtes.
- Non tu ne te conduis pas comme un bourrin. Ce que j'éprouve pour toi c'est comme de l'affection pour un grand frère, enfin ... quelque chose comme ça ... pour l'instant. Je ne sais pas si je pourrais tomber amoureuse de toi un jour mais je préfère être franche, je n'ai pas envie d'une relation physique avec toi. Tu es tellement posé, je te sens si respectueux de moi. Tu sais, je suis toujours tombée sur des mecs qui s'en fichaient, j'en ai fait une grosse collection jusqu'à il y a quelques mois. Le dernier était assez taré, un gynéco à Paris omnubilé par les sex-toys et sa mère et bien qu'amoureux de moi visiblement, il était tellement à côté de ses pompes que j'ai préféré partir. Et là avec toi, je me sens enfin moi-même. Je me sens regardée, écoutée. Tu es attentionné, tu t'intéresses à ce que je te dis, tu essaies toujours de trouver les mots justes, tu ne me juges pas. Je voudrais tellement qu'on reste comme ça. On est bien non ?
- Tu crois que c'est possible Anny ? Je veux dire ... l'amitié entre un homme et une femme ?
- Oui et non, enfin je ne sais pas trop. Pour l'instant je ne l'ai jamais vécu et je croyais pouvoir le vivre avec toi ... d'habitude c'est toujours moi qui tombe amoureuse de mecs qui veulent juste être des copains et finalement, ce que tu me dis aujourd'hui me fait comprendre ce qu'ils pouvaient ressentir lorsque je les tannais et me sentais incomprise et méprisée.
- Et tu ne pourrais pas envisager de partir en vacances avec un copain ?
- Sachant que tu as envie d'aller plus loin ... j'en sais rien ... je ne crois pas. Cela ne serait pas dur pour toi ?
- Je te l'ai dit, j'ai si peu d'expérience dans le domaine de la relation amoureuse que je ne connais pas mes réactions dans certaines situations. J'ai vécu il y a bien des années maintenant une histoire qui a tourné court assez vite... tu dois vraiment penser que je ne suis qu'un gros idiot non ?
- Oh Robert, non, dis pas des trucs comme ça. T'es un beau mec, je suis assez étonnée que tu n'aies pas eu plus de femmes dans ta vie c'est tout.
- Tu en connais beaucoup toi des nanas qui voudraient passer leur vie au milieu de nulle part à bosser de 6 heures du matin à 7 heures du soir dans une ferme ?
- Tu en as marre de tout ça Robert ? Tu n'as jamais eu envie de vendre pour vivre autre chose ?
- Je suis en train d'y réfléchir. J'ai 46 ans Anny et où j'en suis ? nulle part tout seul dans un trou au milieu de nulle part. C'est pas une catastrophe ça ?
- Allez viens, il fait chaud, on va se piquer une petite tête dans l'étang pour se détendre
A suivre ...
- Béatrice -
III. Et si c'était aussi simple que ça ...Il est 7h, elle s'est levée très tôt pour aller acheter des pains au chocolat au village avec la voiture de son père. Elle se retrouve devant le portail de la ferme comme hier mais tous les volets sont fermés.
- aïe, est-ce qu'il dort encore ? je pensais qu'un fermier ça se levait au moins à 5h tous les matins
Elle pénètre dans la cour, s'approche de la maison et se décide à frapper à la porte
- tiens bonjour Anny, entre, tu veux une tasse de café ?
- Salut, je t'ai réveillé ?
- Non, j'étais dans mon bureau derrière à faire de la compta. Tu sais une ferme c'est une véritable entreprise Eh, tu nous as apporté le petit déjeuner, bonne idée, ça fait une éternité que je n'ai pas mangé de pains au chocolat.
Il la fait pénétrer dans le salon, elle observe la pièce : un canapé et des fauteuils moelleux, une étagère remplie de bouquins ... oups, toute la collection des BD de Manara, elle adore. Elle se sent bien ici. Un feu crépite dans la cheminée. Robert rapporte la cafetière et 2 tasses sur un plateau en bois. Il dépose le tout sur une petite table et rapproche deux fauteuils près du feu.
- C'est chaud chez toi, on s'y sent bien. Il y avait une femme ici avant pour que ta maison soit aussi confortable ? Je n'ai encore jamais vu une maison de mec comme ça. D'habitude c'est toujours un gros bordel partout, froid, sans vie ...
- Comme quoi, il ne faut jamais faire de généralités non ?
- Robert, je voulais te dire ... je suis désolée pour hier ... je sais que j'ai été désagréable, je n'ai fait que causer, raconter n'importe quoi mais, mais ...
Elle baisse les yeux, hésitant à dire la suite. Elle se sent idiote, petite devant ce grand gaillard qui attend sans dire un mot en la fixant de ses grands yeux marrons, elle a peur qu'il la rejette, qu'il la trouve ridicule, qu'il ait l'impression qu'elle est faible et insignifiante.
- mais c'est parce qu'en fait je me sentais un peu gênée. J'étais heureuse de te revoir et en même temps comme je ne savais pas si ce serait la même chose pour toi, j'essayais de cacher ma peur, les silences, en parlant, en parlant en parlant. C'est con n'est-ce pas ? Hier soir je suis allée faire un tour sur un blog, celui d'une dame dont le pseudo est mamie-gateau, et j'y ai recopié un texte qui m'a vraiment émue pour le partager avec toi ce matin, est-ce que tu veux bien que je te le lises ?
Robert toujours aussi silencieux, acquièce seulement d'un signe de tête. Il se sent heureux parce qu'il a l'impression qu'il est en train de retrouver celle qui l'a accompagné en rêve pendant tous ces mois.
Aide-moi derriere mon masque....
je te donne l'impression que je suis forte
que tout est ensoleillé en moi,
à l'intérieur comme à l'extérieur.
Que confiance est mon nom
et que calme est mon surnom.
Regarde-moi tout semble aller;
je fais un visage sévere ou je ris tout le temps
mais sous mon vrai masque
toujours changeant qui me cache,
là est mon vrai moi,apeuré et seul,
mais je le cache depuis si longtemps.
J'ai peur que tu vois que je ne suis
qu'une petite enfant blessée sous ma carapace.
Une petite enfant qui a refoulé ses
larmes depuis si longtemps.
J'ai peur que tu le voies et me rejettes.
Alors je joue mon jeu de semblant,
je me durcis,je fais des farces,
je joue mon jeu de théatre
avec mon décor de femme forte,
mon décor extérieur de sécurité.
Et pourtant à l'intérieur ,je tremble,
je tremble comme une enfant fragile.
C'est pour cela que je m'amuse
a te parler de n'importe quoi.
Je te dis des riens et je parle de tout,
sauf de ce qui crie en moi.
Je te parle de tout sauf de mon coeur,
sauf de ma blessure qui saigne,
mais je t'en supplie ne te laisse pas
tromper par mon attitude froide ou
fermée ou trop superficielle.
Alors je t'en supplie.....
Approche-toi tout doucement,
il faut que tu m'aides.
Ecoutes ce que je ne dis pas
et aime moi derriere mon masque.
Peut-être que par ton amour
inconditionnel qui capte au-dela
des apparences et des mots,
j'apprendrai à aimer la
personne que je suis!!!Lorsqu'Anny termine sa lecture, un grand silence s'installe. Elle essaie de capter dans les yeux de Robert ce que ce texte a pu évoquer en lui mais il garde son regard tourné vers les flammes. Le silence lui pèse, elle se sent nue comme dans ces rêves qu'elle fait parfois et desquels elle se réveille mal à l'aise : elle se retrouve seule, sans vêtements dans des endroits remplis de monde et elle essaie de cacher son corps de ses mains, elle court, elle court pour trouver un endroit où elle pourrait se terrer ...
- Je sais ce que tu veux me dire, je le ressens aussi parfois. Ce texte est magnifique et la femme qui l'a écrit doit être vraiment belle. Que celui qui est toujours lui-même à chaque instant, qui ne se cache jamais, qui n'a jamais peur du regard de l'autre, qui n'est jamais dans le compromis lui jette la première pierre. En tout cas ce ne sera pas moi. Je me dis souvent aussi que j'aimerais trouver une compagne qui saurait capter au delà des apparences. Tu crois que c'est possible ?
- et toi sais-tu le faire ?
- Je ne sais pas, je te dirai non puisqu'hier lorsque tu es passée je me suis senti profondément déçu par ton attitude. Je pensais que c'était naturel chez toi mais j'aurais dû savoir que dans le fond, tu jouais un jeu. En même temps on parle de tout ça ce matin, c'est donc qu'on est capable d'aller au delà quand même non ?
- Merci Robert de m'avoir ouvert ta porte aujourd'hui, si tu savais comme je me sens heureuse. Ah, quelle belle journée. Bon ... et si on les mangeait ces pains au chocolat ! Dis-moi ... est-ce qu'éventuellement tu aurais un peu de miel ????!!!
A suivre ...
- Béatrice -
II. Apiculture or not apiculture ? La voilà devant le portail de la ferme de Robert.
- Salut Rob, me revoilà
Il fait si beau aujourd'hui qu'elle porte seulement une petite robe au dessus du genou et un grand chapeau vert qui cache ses yeux.
Robert tout en se redressant lentement regarde ces longues jambes puis ce joli buste et enfin ce visage adorable qui le font tant rêver. Il était en train d'observer des fourmis dans son potager lorsqu'il a entendu la voix. Son coeur bat à tout rompre mais il lui fait face comme si de rien n'était.
- Hé Anny enfin de retour
- Pouh, je te raconte pas. Une nuit à peine au Japon pour finalement me rendre compte que mon projet de faire un stage avec un apiculteur japonais n'avait aucun sens puisque je ne parle ni le japonais ni même un peu d'anglais - je n'oserai même pas te dire combien cette sottise m'a coûté - passage dans un hôpital à Marseille, mariage de Mado, naissance de Vigdis, week-end en Haute-Savoie pour rencontrer des écrivains en vogue en ce moment, week-end à Rome avec Sophie qui a finalement largué son Pat chinois, shopping au dessus de mes moyens, Colisée, Vatican, restos chics, longues balades dans les ruelles, poursuivies par des italiens tous plus chauds les uns que les autres, puis encore Paris pour retrouver Mado le moral dans les talons, je suis épuisée. Alors je me suis dit que ça pourrait peut-être me requinquer de revenir quelques jours dans le coin.
- Tu es resplendissante. Et où en sont tes projets de t'installer ici pour créer ton entreprise ?
- Je ne sais pas, je ne sais plus. Ca me paraît parfois au dessus de mes forces et je me demande encore pourquoi devenir apicultrice. Oui c'est vrai j'adore mettre du miel sur mes tartines au petit déjeuner, j'adorais regarder Maya l'abeille quand j'étais petite, je suis fascinée par la reine dans une ruche qui est la seule à se la couler douce et à se faire féconder pendant que les autres travaillent comme des dingues et se démènent pour la nourrir. D'ailleurs à ce propos, je me demande si cette fascination est bien normale, je devrais peut-être consulter moi. Est-ce que tu sais que ce sont seulement les reines vierges qui donnent naissance à des mâles, incroyable quand même la nature. Et les bourdons, tu savais qu'il sont mis à mort par les abeilles à la fin de la saison mellifère ? Bon je dois dire que c'est un monde étrange qui m'intéresse mais au point d'en faire mon boulot ? Des fois j'aurais envie d'être une Carla. Pas pour être au bras d'un p'tit lutin qui parle anglais comme un âne mais juste pour avoir plein de fric et ne rien faire. Tu sais quoi ? Je suis née pour ne rien faire, oui c'est ça, c'est pour ça que la vie d'une reine de ruche ça me fascine. Je voudrais être une reine, rien à penser, rien à se prendre la tête, juste à dépenser. C'est pas beau ça ? En fait tu sais, je pense que dans l'immédiat le mieux pour moi est de toucher mes assedics pendant que c'est encore possible, ça va me laisser du temps pour réfléchir. Je suis trop speed, trop stressée, je veux-je veux plus, en fait je n'ai jamais su ce que je voulais. Un truc m'intéresse puis ne m'intéresse plus, c'est pareil avec les mecs. Je te le dit, heureusement que tu n'as jamais pensé à mettre une fille comme moi dans ton lit, ça ne rapporte que des ennuis !
Pendant qu'Anny n'en finit plus de se raconter, Robert repense à ses fourmis. C'est drôle la similitude entre elles et les abeilles. Une reine seule habilitée à pondre, une vie en colonie, les fourmis mâles meurent après l'accouplement, les ouvrières sont stériles.
Il a du mal à écouter Anny débiter sans arrêt. Il a l'impression d'avoir en face de lui une autre personne. Il se souvenait d'une femme douce, un peu fragile mais volontaire, réfléchie et il retrouve une pie geignarde, frivole et sans aucune délicatesse, tellement ... tellement ... parisienne !. D'un coup tous ses rêves de partir ensemble en Amérique du Sud commencer une nouvelle vie s'écroulent. Il se sent tellement déçu, qu'il n'arrive pas à s'ouvrir à cette fille et dès qu'il peut en placer une, il s'excuse en lui expliquant qu'il faut qu'il aille s'occuper de ses limousines.
Anny toujours autant à côté de ce qui se passe autour d'elle, tourne les talons en lui promettant de repasser le lendemain.
- Béatrice -
I. Robert est amoureux - ou le voyage au pays des incertitudes -Robert, bel homme de 46 ans, très grand avec des cheveux coiffés en brosse et une magnifique moustache, possédant une grande exploitation en Corrèze où il fait du maïs et trayant chaque matin 43 limousines (j'essaie de faire un rappel pour l'instant à chaque début de récit pour que les nouveaux lecteurs ne soient pas trop paumés), est fou amoureux de cette fille, cette Anny qu'il a convié à l'accouchement d'une de ses bêtes il y a quelques temps et à qui il a prêté un terrain pour qu'elle puisse monter son entreprise d'apiculture.
Il se souvient lorsqu'elle était venue pour assister à cette nouvelle naissance. Il se sentait timide, embarrassé, ce qui d'habitude n'était qu'une routine avait pris pour lui ce jour-là des proportions extraordinaires, il se sentait gauche et ne savait pas quoi faire de ses grandes mains. Il voulait absolument montrer à cette femme adorable ce qu'il savait faire, qu'il était l'homme de toutes les situations, qu'il était celui sur qui elle pourrait s'appuyer. Mais malheureusement son pied avait glissé et il s'était retouvé assis les fesses dans les bouses bien frâiches de la vache. Il en était resté rouge de honte tout l'après-midi. Impossible d'effacer cette sensation qu'il n'était qu'un gros benêt, c'était sûr, il l'avait définitivement perdue. Jamais une fille pareille ne pourrait avoir envie d'envisager quoi que ce soit avec ce balourd, c'était certain. C'était aussi pour ça qu'il lui avait proposé de lui prêter ce terrain. Il s'était senti tellement heureux lorsqu'elle lui avait dit qu'elle comptait quitter Paris et venir s'installer dans le coin à son retour du Japon. Au fait, était-elle rentrée ? Il avait entendu dire par le père d'Anny qui habite à quelques kms, que sa fille était en passe de reprendre un avion pour Paris après avoir passé seulement une nuit dans ce pays. Il avait hâte de la voir débarquer, ainsi il pourrait effacer cette image désespérante qu'il avait dû laisser en elle. Il ne sait pas encore qu'elle est actuellement à Marseille dans un hôpital.
Il est assis dans son fauteuil et de son regard, il parcourt la pièce d'un air songeur. Elle est confortable, chaleureuse, une femme pourrait s'y sentir bien, il y a quelques bouquins sur l'étagère : "San Antonio", "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la traite des vaches limousines sans jamais oser le demander", "le dictionnaire des symboles", toute la collection des BD de Manara et des Bidochon. Il n'est pas inculte Robert, il s'intéresse à beaucoup de choses, ses lectures sont très ecclectiques, même s'il passe la majorité de son temps à s'occuper de son maïs, de ses vaches et de ses 3 chevaux.
Et il a des talents que peu de gens connaissent Robert. Il part à la ville chaque jeudi soir pour retrouver ses amis du club de salsa. Là, c'est un autre homme qui se dévoile et nul ne reconnaîtrait Robert the quiet farmer dans son tee-shirt blanc moulant si bien les muscles qu'il s'est forgés grâce à son dur travail. Il participe à des concours et il en a remporté certains. Oui, sa vie c'est ça en vérité et parfois il a envie de tout plaquer, de vendre cette ferme qui l'empêche de vivre ses rêves et de partir à Cuba ou partout ailleurs dans le monde où la salsa est la reine. 46 ans, jamais voyagé. Le monde pourtant tourne dans sa tête depuis cette fameuse année où les voisins ont accueilli cette jeune fille au pair, une magnifique cubaine, brune, aux longues jambes, à la peau douce comme celle d'un ânon. Il avait dansé avec elle et depuis toutes ces années, il n'avait pas réussi à l'oublier, pourtant il ne s'était rien passé entre eux.
Jusqu'à ce qu'il aperçoive Anny lorsqu'il était allé livrer une pièce de boeuf chez ses parents. Anny ... il ferme les yeux. Il s'imagine qu'elle est tout près, elle se penche sur lui pour lui donner le baiser le plus savoureux qu'il n'ait jamais goûté. Elle glisse ses longues mains sous le tee-shirt moulant. Dans sa rêverie il garde les yeux ouverts pour ne pas perdre une miette de la beauté de cette fille. Anny ...
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