Peuple voyageur 的个人资料PEUPLE ETRANGE : LES VOY...照片日志列表更多 ![]() | 帮助 |
Un silence inquiétant - Acte III -Vincent Scoumoune a fini par sortir de l'hôpital et rentrer chez lui. Sa mère a nettoyé l'appartement, tout rangé et lui a dit :
- Vincent, il faut être sage à présent. Tu as 42 ans rappelle-toi. Tu es un grand garçon. Maman ne va pas rester avec toi, elle a sa vie à vivre. Elle a rendez-vous chez le coiffeur demain puis chez le proctologue, ensuite chez le podologue pour ses oignons et enfin chez le radiologue pour la radio du sein gauche. Ah non, elle a oublié : elle a aussi rendez-vous avec le chirurgien-plasticien pour un bourrelet sur la cheville droite. Elle a rempli le frigo, tu as de quoi manger pendant une semaine. Au congélateur il y a quelques plats qu'elle t'a préparé. Allez mon tout petit, maman s'en va, maman te dit au revoir, allez maman te fait un gros bisou sur ta joue-joue et reviendra dans 8 jours.
Lucie qui avait entendu son voisin rentrer, était venue frapper à sa porte après que Madame Scoumoune soit partie. Furieuse, elle lui avait dit :
- Je vous préviens vous : si vous recommencez à défoncer le mur, dès que votre tête apparaîtra dans le trou je vous étrangle.
Vincent n'avait pas bronché. Chaque soir dès qu'elle rentrait de son travail, la voisine se précipitait dans son appartement pour voir si la tête du gynécologue n'y était pas de nouveau coincée. Ca devenait une obsession :
- je suis sure qu'il va recommencer, il est complètement frappé ce gars là. Déjà avant, quand il était avec cette fille, y'avait toujours de drôles de bruits. Elle m'avait même confié un jour qu'il avait une collection de sex toys tous plus dingues les uns que les autres.
Il se prenait tour à tour pour un cheval, un taureau, king-kong, Arnold Schwartznager, Patrick Poivre-d'Arvor, un prêtre. Ah heureusement qu'elle s'est barrée la fille sinon elle serait devenue aussi dingue que lui.
Le soir du retour de Vincent, Lucie avait dit à Richard son mari une fois qu'ils étaient au lit :
- attends, écoute, t'entends là ?
- Non j'entends rien et toi ?
- ben moi non plus et justement ça ne me paraît pas normal
- mais tu vas lui ficher la paix à ce pauvre gars
- et s'il était mort hein ? qu'est-ce t'en dis ? Ca serait de la non-assistance à personne en danger ça et qui c'est qui serait encore dans la panade ? ben nous figure-toi. Ah non, il ne va pas encore nous faire un sale coup celui-là. Il a pas intérêt à mourir sinon je l'étrangle.
- bon faudrait savoir : tu préfères qu'il défonce notre mur ou qu'il soit mort ?
- et mais tu comprends rien, t'es vraiment un crétin toi
- Lucie là ça suffit. T'es en train de devenir complètement folle, alors si tu veux pas que ce soit moi qui me barre, tu ferais mieux d'arrêter tes délires
- ah ... ah tu vois je te l'avais bien dit qu'il allait nous faire avoir encore des ennuis celui-là. Maintenant c'est toi qui menace de me quitter
- tu deviens grossière et obsédée par monsieur Scoumoune. Tu ferais mieux d'être gentille avec lui et d'aller voir comment il va. J'y suis passé ce soir avant de rentrer à la maison. On a discuté un peu. Il semblait un peu perdu et m'a dit qu'il était à un âge où il fallait penser à écrire son testament et acheter une concession.
- ah ... ah tu vois je te l'avais bien dit. Il va mourir, je le sens, pouah ça sent la mort, j'en suis sure. Mais tu ne sens donc rien ? Il va nous faire le coup de passer à travers le mur et de se pendre avec les cordons de mon tablier.
- ok, ok. Puisque t'as l'air d'avoir sniffé une ligne de coke aujourd'hui, moi je file dormir dans le canapé. Je me lève tôt demain.
- Richard si tu sors de ce lit, je porte plainte contre le voisin
- Fais ce que tu veux Lucie mais moi je te le dis : si tu n'arrêtes pas tout de suite tes conneries, demain matin je pars avec mes valises
- Béatrice -
La déroute de Vincent Scoumoune - Acte II -Après s'être cogné la tête pendant des mois au même endroit dans le mur de son appartement pour essayer d'oublier Anny, Vincent Scoumoune a fini par casser le béton et atterrir chez les voisins. Le couple en arrivant chez eux le soir après le travail sont totalement éberlués. Ils voient apparaître une tête, une vraie, à la place de la reproduction de leur Van Gogh.
- Aaaaahh yèèèèèèèè, aaaaaaaah yèèèèèèèèèèèè, répète inlassablement la tête
- Mais fait quelque chose Richard, c'est ce gynécologue notre voisin. Mais qu'est-ce que vous fichez-là, qu'est-ce qui s'est passé ? Tu vois chéri, quand je te disais qu'on aurait dû appeler la police déjà l'autre jour mais t'as voulu être gentil. Il s'est fait larguer, il est malheureux, il souffre, ça se voit que cela ne t'est jamais arrivé et blablabla et blablabla. T'as vu le résultat ? Tu te souviens du prix qu'on l'a payé ce tableau ? Et qui va refaire ce mur maintenant ?
- Aaaaaah yèèèèèèèè, aaaaaaaahhhhh yèèèèèèèèè
- oh pis fermez-là vous, vous êtes pas un peu frappé de traverser les murs comme ça ? Bon on fait quoi maintenant ?
- Ouuuuh, tu te calmes Lucie, j'en sais rien moi de ce qu'on fait. Attends je vais essayer de lui parler .... Monsieur Scoumoune ... vous m'entendez là ? clignez la paupière droite si vous m'entendez ...
- Aaaaaaaaah yèèèèèèèèè, aaaaaaaaaah yèèèèèèèè
- Ah mais aide-moi Lucie, c'est quoi les exercices qu'on a appris pendant le stage de secourisme ?
- Euh, s'il ne répond pas faut le retourner, lui ouvrir la bouche pour voir si y'a rien dedans qui pourrait l'étouffer ... mais enfin tu vois bien qu'il est conscient là !
- Bon appelle les pompiers, je crois qu'il doit être sacrément sonné, tu penses, ça fait 3 mois qu'il se tape la tête comme ça le pauvre gars
- pauvre gars, pauvre gars, c'est vite dit.
Les pompiers débarquent et en voyant le résultat, appellent d'abord la police pour défoncer la porte du gynécologue encastré.
Vincent Scoumoune est conduit à l'hôpital où est diagnostiqué un traumatisme crânien ... sans blagues !!!
Après quelques semaines, il finit par recouvrer ses esprits avec l'aide acharnée de sa mère qui se promet, si elle remet la main sur Anny, de lui tordre le cou à cette saleté de bonne femme.
- Manman ...
- Quoi mon chéri ? tu as faim ? tu veux manger quelques fingers ? C'est 4 heures, allez, avale quelque chose
- Manman, elle est là Anny ?
- ah ne me parle plus de cette garce, c'est à cause d'elle si tu en es là
- Manman ...
- Oui mon tout petit ?
- Aaaaah yèèèèèè
- Quoi ? tu veux faire caca ?
Madame Scoumoune est désespérée. C'est comme un cauchemar qui recommence 50 ans plus tard. A cette époque là elle était infirmière et elle avait rencontré son mari interné pour les mêmes raisons à l'hôpital où elle travaillait. Il s'était fracassé le crâne après un chagrin d'amour. Cela l'avait tellement émue qu'elle s'était dit qu'un gars pareil, en amour, ça devait valoir de l'or. Alors à force de soins, de persévérance, de prévenance, elle avait fini par se faire aimer de cet homme qui, elle pouvait bien se l'avouer maintenant, avait fini par devenir une lourde charge. Il ne s'était jamais vraiment remis de son traumatisme et avait été déclaré inapte à reprendre un travail. Du coup c'est elle qui avait tout assumé. De l'or, ça il lui en avait coûté oui. Heureusement, il était mort depuis maintenant 20 ans et elle avait retrouvé un compagnon qui lui donnait l'amour dont elle avait rêvé avec le père de Vincent.
- Manman ?
- mais quoooooooooooi ? tu vas la boucler à la fin, j'suis fatiguée moi de devoir toujours me charger des légumes qui traînent sur la terre, j'ai bien assez de mon jardin pour ça. Tu as 42 ans, faudrait peut-être te réveiller et commencer à grandir. C'est vrai quoi !
- Maaaaaaaaaaanman ...
- Béatrice -
I. Vincent Scoumoune - ou le voyage au pays des coeurs en lambeauxPourquoi Anny l'avait quitté, lui le gynécologue/obstétricien, petit frère de Gaston Lagaffe ? Qu'est-ce qu'elle lui avait dit ?
"Faut que je change de vie, j'ai 38 ans et j'ai toujours laissé les hommes décider pour moi, je me suis toujours cachée derrière eux pour vivre, il faut que ça cesse, j'ai besoin de savoir ce que je vaux, ce que je veux et pour ça il faut que je sois seule".
Et sans même lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, elle s'était levée de sa chaise et elle avait quitté ce café des Champs Elysées. Sans se retourner. Pourtant lorsqu'il l'avait suivie du regard, il avait cru remarquer qu'elle s'essuyait les yeux. C'est qu'elle devait encore l'aimer, on ne pleure pas en quittant quelqu'un si on ne l'aime pas, ce n'était pas dans la logique de Vincent Scoumoune.
Les premiers jours il s'était senti bien, comme en vacances, mais le temps passant, il avait commencé à ressentir comme un manque au creux de l'estomac, du coup il avait recommencé à fumer, puis le soir il traînait les bars histoire de voir du monde. Il rentrait tard chez lui, un peu saoûl. Le matin avant de partir bosser il ne se rasait plus. Il se levait péniblement, filait vite sous la douche, s'habillait et partait à son cabinet. La vaisselle s'entassait dans le lavabo, ses vêtements étaient dispersés un peu partout sur le canapé, les fauteuils et même par terre. "Pourquoi ranger ? pourquoi nettoyer puisqu'elle n'est plus là, quelle importance à présent ?" Plus rien n'arrivait à occuper son esprit. Les sistites de ses patientes ne le passionnaient plus. Les images heureuses de leurs vacances en Crête défilaient dans sa tête, son sourire, sa main qu'elle passait tout le temps dans ses cheveux pour dégager cette mèche rebelle, tous les mots tendres qu'elle lui avait dit. Mais pourquoi y avait-il cru, tout ça n'avait été qu'une mascarade pour lui voler son coeur. Il avait envie de hurler, il avait envie de pleurer, mais il n'y arrivait pas. Avec cette fille, il avait attrapé des coups de soleil, des coups d'amour des coups d'je t'aime ! et il n'arrivait pas à s'en défaire. Il avait l'impression que son corps pesait 10 tonnes, il avait du mal à se mouvoir, il n'avait qu'une envie, resté allongé là, tout seul au milieu de son capharnaüm et ne plus voir personne. Se laisser couler, lentement, pour que le néant l'emporte. Ne plus penser, ne plus rêver. Dès que le téléphone sonnait, il se précipitait mais ce n'était jamais son numéro à elle qui s'affichait. 100 fois par jour il prenait le combiné, il composait son numéro puis il raccrochait. Il hurlait dans sa tête : "j't'en prie Anny, appelle-moi, dis moi que tout ça n'est pas vrai".
C'était nouveau pour lui, ce sentiment de ne plus être maître de sa vie, de ses émotions. Cette impression qu'une autre entité vivait en lui et lui tordait le coeur et tout son être. Et il n'arrivait pas à s'en défendre. Il était anéanti, vidé. Il avait tellement envie que tout ce chagrin sorte de lui, il voulait tellement le vomir pour avoir enfin la paix. Mais comment font-elles les nanas pour pleurer bon sang, ça a l'air tellement facile quand on les voit. Si au moins il avait pu s'endormir, comme avant. Mais non, il se sentait épuisé et pourtant chaque nuit il se tournait et se retournait. Il se levait, vérifiait qu'il n'y avait pas un message sur le répondeur des fois qu'il n'aurait pas entendu le téléphone sonner, puis il se recouchait pour se lever de nouveau quelques instants plus tard. Il avait envie de se taper la tête contre les murs.
Une nuit, alors qu'il se relevait pour la quinzième fois, il n'a pas tenu. Il a pris le premier objet venu et l'a jeté contre la télé. Puis il a continué. Tout ce qui se présentait à sa portée finissait en miettes sur la moquette. Cette violence qu'il sentait monter en lui lui procurait une profonde jouissance. Et il s'est mis à hurler, comme un loup, comme un fou désespéré. Il a tapé ses poings contre le mur, doucement au début puis de plus en plus fort pour se faire mal, pour que cette souffrance contre laquelle il ne pouvait agir ait au moins un sens. Il voulait lui faire mal, à elle, pour qu'elle comprenne à quel point elle le faisait souffrir. Il s'imaginait qu'il l'insultait, qu'il la gifflait. Il devenait fou, fou d'elle, fou de douleur, de cette douleur que rien n'éteint. Il a bu, bu à s'en étourdir, bu à en rire, d'un rire de dément, effrayant. Et lentement, il a senti les larmes qui montaient, qui essayaient de se frayer un chemin à travers ses paupières. Il s'est allongé sur le sol encombré, il s'est recroquevillé comme un tout petit, et il a laissé cette rivière glisser le long de son nez, de ses joues, de ses oreilles. C'était comme une chatouille. Parfois quelques larmes se répandaient sur ses lèvres, cela avait le goût de la mer. Petit à petit, il sentait que quelque chose se brisait en lui, s'ouvrait enfin et le libérait. Des images de son enfance remontaient du plus profond de sa mémoire. Des images d'injustices subies, de chagrins. Et il s'attendrissait sur ce petitou qui se sentait si seul, ce petitou qui avait tellement besoin que quelqu'un vienne à lui pour le consoler. C'était donc ça pleurer ? c'était si bon.
- Béatrice -
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